Encore une compilation sur James Brown me direz-vous! Oui, mais celle-ci, loin de constituer un énième et inutile BEST OF, présente une excellente sélection de titres moins connus, de versions alternatives, incluant des bouts d'interviews et même quelques inédits en CD, dont certains atteignent facilement la dizaine de minutes chacun. Pour le fan, une acquisition essentielle donc, et pour le curieux, une bonne introduction alternative au riche univers Brownien.
Topo: les morceaux sont entrecoupés de courts extraits d'entretiens avec JB lui-même (vraisemblablement datés des seventies), mais aussi avec Sting, Paul Young, Larry Blackmon de Cameo, Bryan Ferry, et MC Danny Ray l'éternel valet de JB. Les entretiens ne sont pas de première fraîcheur et n'ont en aucun cas été réalisés exprès pour la compilation. Reste qu'ils démontrent la vaste influence Brownienne bien au-delà de la sphère Afro-Américaine (certes, il y a un bail que la chose n'est plus à discuter). Ces extraits sont reproduits à l'écrit dans les notes de pochette (dans leur anglais d'origine), aux côtés de brefs commentaires sur les morceaux choisis (en allemand, pour le coup) auxquels ne manquent pas les références des albums d'où proviennent ces titres.
CD 1: On commence avec "The payback part 1", et on a bien affaire au gros classique funk que l'on connaît, mais (c'est là le twist) dans sa version single, plus courte mais qui contient une surprenante voix masculine supplémentaire qui glisse quelques curieux commentaires en cours de morceau. Broutilles peut-être, mais une version inédite en CD tout de même. Les versions de "Give it up...", "Talkin' loud..." et "People get up and drive your funky soul" sont les mêmes que celles parues au début des années 90 sur les CD d'inédits MOTHERLODE et IN THE JUNGLE GROOVE (réédités depuis, avec des morceaux supplémentaires... quelle jungle). Quelques titres en concert sont conviés, et sont fort bien sélectionnés: "Sex Machine/Get up, Get into it, get involved", "It's a new day", "Cold sweat" sont d'excellentes versions extraites des LIVE AT THE APOLLO VOL II (1967) et VOL III - REVOLUTION OF THE MIND (1971), à la prise de son impeccable. Les titres les plus connus sont répartis sur le premier CD (on retrouve "My Thang" extrait de HELL), même si les plus rares mais très bons "I can't stand it'76" (HELL toujours) et "All for one" (REALITY, devenu difficile à dénicher) précèdent "Fight against drug abuse", un bref message du service public qu'enregistra JB sur un bout de "Superbad": ce petit message, dont Bobby Byrd livra aussi une mouture, était déjà sorti sur FUNK POWER - 1970 (l'un des volumes chronologiques des compilations consacrées à JB). La version d'"It's man's world" (provenant de l'album IT'S A NEW DAY - LET A MAN COME IN) n'est pas la plus connue, JB ayant toujours donné des versions "au goût du jour" de ses anciens succès.
CD 2: une concentration de raretés. Les morceaux sont extraits d'albums studio restés inédits en CD, tels que "Jam" et "Nature" (album JAM 1980's, 1978), très longs "jams" en effet, en shuffle à la "Doing it to death/Funky good time" pour le premier, à la rythmique gentiment disco pour le deuxième. Disco toujours, mais provenant de la garde rapprochée de JB et non de producteurs extérieurs, avec "Bessie" (extrait de MUTHA'S NATURE, ainsi que le très funky "People who criticize"). A signaler aussi la présence d'"I refuse to lose", dans sa version intégrale de plus de 7 minutes (une version tronquée était présente sur la compilation DEAD ON THE HEAVY FUNK 1975-83) venant de l'album GET UP OFFA THAT THING (réédité voici deux ans par les Japonais, mais disparu depuis, sauf à prix prohibitif), et le disco/funk "For goodness sakes..." (11 minutes) de l'album TAKE A LOOK AT THOSE CAKES (1978).
Le titre le plus rare car jamais paru en CD jusque là est "Superbull/Superbad", reprise par JB de son propre "Superbad" en 1981 sur l'album NONSTOP, dans une version accélérée pleine de percussions à la Funkadelic. Efficace en diable, même si cet album en panne d'inspiration marquera la fin de l'ère glorieuse pour James, après des errances disco sur-produites heureusement non représentées ici (les funestes ORIGINAL DISCO MAN et PEOPLE, 1979-80).
En somme, une compilation des années Polydor (firme alors basée en Allemagne, tiens, tiens, voici d'où proviennent ces archives): 1970-1981, à l'exception notable de la version remixée de "No static", avec Full Force en 1988 (éditée en CD-single à l'époque parallèlement à l'album REAL) et sortie à l'origine chez Scotti Brothers.
Belle pochette cartonnée, agréable à l'oeil et au toucher, notes de pochette pour Germanophones seulement, au dos desquelles se forme un poster avec le mot PAYBACK en grosses lettres blanches sur fond rouge. L'essentiel restant tout de même la musique, qui, comme tout ce qui concerne JB, est imparable.
Une excellente compilation, aux titres (relativement ou absolument) rares et présentés, grosso modo, de façon chronologique.