Ca faisait bien vingt-cinq ans que je n'avais écouté cet album de Klaus Schulze, celui qu'on qualifiait de "sorcier de la musique électronique" à l'époque (1976). Le digipack est de toute beauté et l'illustration de la pochette d'Urs Amman, dans un style Daliesque gothique est magnifique. Nul doute que l'ambiance générée par la couverture de l'album n'a pas été étrangère à son succès commercial.
Mais qu'en est-il de la musique? Ne peut-on craindre le pire, vu l'obsolescence des synthés de l'époque, tous monophoniques et rudimentaires et qu'ici les parties harmoniques n'étaient jouées que sur string ensemble Elka Rapsody ou autre orgue Farfisa ? Heureusement, il n'en est rien et la magie de cet album, bien qu'un peu naïve, a gardé toute sa fraîcheur.
Batteur à l'origine, Klaus Schulze n'est pas un musicien chevronné (Jean-Michel Jarre non plus, je vous rassure, bien que lui le croie encore...). Mais c'est peut-être cette "faiblesse", ce manque d'académisme qui fait sa force. Le premier morceau, Bayreuth Return est le plus abouti. Sa structure est assez simple: du bruit blanc et rose, modulé et filtré, pour simuler les vents et tempêtes, des arabesques de notes médium-aigues travaillées a l'oscillateur basse fréquence (Lfo) pour donner un aspect cosmique, des basses et des médiums au séquenceur et traités à la chambre d'écho. Les parties pseudo mélodiques et harmoniques sont assez figées dans un style rappelant Rick Wright du Floyd, notamment dans Wish You Were Here. Il n'y a aucune percussion sur tout l'album et vu la qualité des boites à rythmes de l'époque, ça a certainement aidé l'album à mieux supporter l'usure du temps.
C'est vraiment les parties séquencées, aux rythmes presques aléatoires (algorythmes?) qui font toute la richesse du morceau, apportant les modulations harmoniques et la profondeur . Les lignes mélodiques sont assez pauvres et pataudes. Il faut écouter cette musique d'une manière un peu distraite, comme à l'insu de son plein gré, pour qu'elle vous pénètre et agisse d'une manière apaisante et vous transporte hors du temps.
Wahnfried 1883 commence avec un passage bruitiste qui rappelle le milieu d'Echoes du Floyd. Plus symphonique que Bayreuth Return, sa facture est plus conventionnelle, plus linéaire et le manque de maturité musicale de Klaus Schulze se fait plus sentir. Pour ma part, j'aurais préféré du mellotron à la place de ce string ensemble froid et raide, mais c'était peut-être le but recherché. Les influences sonores et harmoniques du Floyd (première époque) se font sentir et le manque de basses séquencées nuit à l'équilibre du morceau, apportant un côté un peu pesant à l'ensemble. L'album est dédié à Wagner (Dick, Robert?) et celà ne se ressent pas trop à l'écoute, mis à part une légère tendance au Leitmotiv cher au compositeur de Tristan et Yseult.
Les bonus n'apportent pas grand chose, un peu des brouillons de l'album. En résumé une oeuvre qui reste cohérente et qui a bien résisté au temps comme Ricochet de Tangerine Dream. Félicitations encore aux éditeurs pour le packaging superbe, ça change des vulgaires boites en plastoc.