« Jules Verne, néant ! » Par cette réplique, Hergé gommait les insinuations. Et si comme le note Pierre Assouline dans sa monumentale biographie, Georges Remi reconnaissait avoir lu « Vingt Mille Lieues sous les mers » à l'âge de treize ans, c'était pour qualifier cette expérience de « décevante ». Durant deux années, Jean-Paul Tomasi passionné de littérature du XIXe siècle et Michel Deligne libraire et fondateur de la Chambre belge des experts en bandes dessinées ont exploré avec minutie la profondeur de ce « néant ». Sans pour autant donner le vertige, le génie de Hergé n'étant en aucune manière remis en cause par leur collecte, le constat de ces exégèses belges est troublant. Leur ouvrage « Tintin chez Jules Verne » répertorie de nombreuses similitudes, analogies ou ressemblances entre l'univers de Hergé et l'imaginaire de l'auteur des Voyages extraordinaires. Des coïncidences repérées dans le climat général des deux oeuvres : les personnages, les scénarios ou le graphisme. Plusieurs cases des albums de Hergé rappellent indiscutablement certaines illustrations (plus de quatre mille) de la collection originale Hetzel des récits de Jules Verne.
En exemple : le capitaine Haddock, les Dupondt ou encore le professeur Tournesol, sont selon eux, indéniablement inspirés de personnages verniens. Le marin Pencroff de L'île mystérieuse dont Haddock partage la barbe et le répertoire des jurons. Les détectives Craig et Fry des « Tribulations d'un Chinois en Chine » puis « Le savant Palmyrin Rosette » du roman Hector Servadac. Et Tintin ?! « c'est mes tripes à moi » confiait Hergé. Mais avec Harbert Brown, héros de « L'île mystérieuse » écrivent Jean-Paul Tomasi et Michel Deligne, dixit : « nous tenons probablement un des modèles du personnage » Ils pistent l'empreinte de Jules Verne évidente si l'on compare les dyptiques « De la Terre à la Lune » (Jules Verne) et « Objectif Lune » (Hergé). Allusions fantaisistes ou crédibles !? En détaillant ces emprunts, il n'y a aucune intention de nuire mais simplement la volonté de comprendre une oeuvre immense explique Michel Deligne, ami personnel et admirateur de Hergé. Ce n'est pas faire injure à son génie que de prouver au nom de la vérité et contrairement à ce qu'il a toujours prétendu, Hergé a été influencé par Jules Verne. Comme tous les créateurs d'exception, il a transcendé ces influences. Les auteurs auraient souhaité obtenir de la Fondation Hergé qui gère l'oeuvre du dessinateur, l'autorisation de pouvoir enfin consulter les archives. Dixit : « Nous restons convaincus qu'il y a encore beaucoup de choses à découvrir ! » Qui sait, l'histoire de l'univers d'Hergé reprendra son cours sur un nouveau récit de Tintin chez Jules Verne.