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Il donne à Tintin des compagnons d'aventure qui vont prendre une place essentielle : les Dupont/d (Les Cigares du pharaon), le capitaine Haddock (Le Crabe aux pinces d'or), le professeur Tournesol (Le Secret de la Licorne) ou Bianca Castafiore (Le Sceptre d'Ottokar). Hergé n'hésite pas à jouer avec ses personnages : Les Bijoux de la Castafiore montrent un Tintin dépassé par les événements, loin de son image traditionnelle. Jusqu'à l'œuvre ultime, laissée inachevée par la mort d'Hergé en mars 1983 : Tintin et l'alph-art, dont la dernière case montre le héros en bien fâcheuse posture...
Tintin a su séduire les jeunes comme les adultes. Grâce à la lisibilité de la narration et du dessin, la justesse des dialogues, le sens du rebondissement et de l'intrigue... Mais aussi le souffle de l'aventure, de l'amitié et de la générosité. Et, en plus, ce quelque chose d'indéfinissable qu'Hergé lui-même ne savait expliquer... Une bande dessinée universelle. --Gilbert Jacques
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L'album est intéressant non pas pour l'histoire qu'il raconte, très simpliste et totalement manichéenne, mais plutôt pour le style graphique, car c'est le seul album que Hergé n'a jamais voulu retoucher. Il est donc semblable à sa version d'origine. Même "Tintin au Congo", deuxième album de Tintin, lui aussi paru initialement en noir et blanc, et pro-colonialiste dans l'ambiance, a eu droit à une mise en couleurs et à des retouches : c'est dire si "Tintin au pays des Soviets" est une sorte d'album "maudit" par Hergé.
Cet album n'est donc indispensable qu'aux "tintinophiles" chevronnés qui veulent voir à quoi ressemblait "le premier album de Tintin", et à eux seuls. On y voit le dessin s'affirmer de page en page, et c'est en ce sens seulement que "Tintin au pays des Soviets" est intéressant.
Tintin au pays des Soviets est donc un album-charge, simple et simpliste illustration du livre de notre cher consul belge, destiné à inculquer aux jeunes tetes blondes l'horreur du modèle communiste (en cela, Hergé est un visionnaire, puisqu'il devance André Gide et son retour d'URSS d'une bonne dizaine d'années).
Et pourtant, combien de promesses à venir dans cet album ? Le dynamisme du trait (ah, les poursuites en voiture, la déformation de l'espace, l'impression de vitesse), l'inventivité formelle (la scène du fantome et sa succession de cases entièrement noires, qui rappelle Malevitch), l'énergie incroyable du héros et l'humour permanent, cette légereté continue en font un classique. Une ébauche imparfaite, encore perfectible par celui qui allait devenir le maitre de la ligne claire et de la lisibilité graphique. Quand on relit cet album, toutes ces imperfections, ces maladresses en sont encore plus touchantes et montrent combien Hergé a, avec pragmatisme et passion, travaillé pour corriger des défauts et élaborer une oeuvre monumentale et cohérente.
Avec cet album, on voit une oeuvre future s'ébaucher sous nos yeux. De meme que les esquisses de Rembrandt ou les gribouillages préparatoires de Picasso, cet album nous donne à voir une oeuvre en construction qui allait devenir mythique.
Un album historique.
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