Bienvenue en enfer. Bienvenue dans une termitière humaine qui prend le nom de favela, ghetto, bidonville ou township selon les pays. Bienvenue dans un endroit surpeuplé, étouffant, sale et dangereux, une prison à ciel ouvert d'où l'on n'a guère d'espoir de parvenir à s'échapper. Le mot d'ordre : survivre à tout prix, quelque soit le prix à payer.
Mendoza aurait pu se noyer dans le compassionnel ou le misérabilisme. Il a choisi l'inverse, donnant vie à un quartier bouillonnant, plein de vie, d'imagination et d'humour au vitriol. Les habitants de ce quartier pauvre de Manille rivalisent d'ingéniosité dans leurs combines et leurs trafics pour échapper à la police et s'assurer une vie à peu près vivable. Fauche, petits drames pathétiques de la vie, football improvisé dans les ruelles, drague foireuse, ainsi va le quotidien...
Avec une maîtrise sidérante des plans séquences qui font entrer dans le champ des dizaines de personnages avec un naturel absolu, Mendoza est encore plus fort dans sa description à la fois lucide et désespérée de la société philippine dans son ensemble : foi religieuse s'apparentant à la superstition freinant une amélioration rationnelle de la situation, semblant de démocratie à travers des élections truquées où l'on paye les gens pour voter, police corrompue, politiciens véreux qui en appellent à Dieu pour masquer leur incompétence crasse,... Le tableau n'est guère reluisant, et n'est pas près d'évoluer, comme semble nous dire la dernière image choc qui frappe comme une grande baffe un spectateur ébahi par ce lamentable théâtre de la condition humaine.