James Cameron réalise TITANIC en 1997, c'est alors son septième long métrage, soit un film tous les trois ans. Cameron a toujours aimé les univers aqueux, de PIRANHA 2 (un nanar inestimable !) à ABYSS (remake aquatique de 2OO1, si si je vous assure, regardez-bien !). Auteur complet de ses productions, Cameron surfe sur des succès critiques et publics, mais là, avec l'histoire de ce naufrage, il va booster à lui tout seul la fréquentation ses salles du monde entier.
Pour TITANIC il engloutit des sommes colossales, renonce à son cachet, et produit un des films les plus chers jamais réalisés. L'argent ne fait pas tout dans la réussite d'un projet, mais dans le cas présent, cela a permis à Cameron de nous en mettre plein les yeux. Et je dis tant mieux. Un film comme celui là doit être impressionnant. Des décors, des costumes, de la vaisselle, des lustres, en veux-tu en voilà, des figurants, et bien sûr, des scènes de bravoures. Car dans ce genre de film, ce qu'on attend, c'est la fin... Force est de constater que la seconde partie de film, le naufrage en lui même, est parfaitement maîtrisé, grandiose, bluffant, sans pour autant que les effets spéciaux prennent le pas sur le drame, et le souffle de l'aventure. Les deux amants essayant d'échapper au piège des eaux, la panique qui s'empare des passagers puis de l'équipage, tout ceci est rondement mené. Ce paquebot qui s'élève hors de l'eau, avec ce plan vertigineux sur les hélices, la coque qui se brise en deux, la cheminée qui s'écroule, ces passagers qui dégringolent de partout, autant de scènes inhérentes au genre, certes, mais qui ici, surpassent toutes celles précédemment filmées. Mélange de prises réelles, et de numérique, le budget du film le permettait, oui, mais encore fallait-il savoir le faire, et le rendre palpitant.
Cameron connaît ses classiques, il sait que dans une grande aventure collégiale, il faut injecter des épreuves individuelles, des drames personnels. Et de la passion. Hélas, pour ce qui est des personnages, on n'évite pas un certain manichéisme. Le jeune Jack a évidemment toutes les qualités, et l'ignoble Cal, tous les défauts. Un blond / un brun, un héros prolétaire qui sauve un môme / un riche cynique qui se sert d'une gosse pour sauver sa peau. Etc... La liste serait longue de toutes les qualités et tares, comme si James Cameron avait divisé sa feuille en deux, d'un côté ce qui est bien, de l'autre ce qui est mal. Un peu plus d'ambiguïté n'aurait pas desservi le propos, je crois. Etonnez-vous ensuite que la fraîche Rose s'effeuille si promptement devant Jack et son fusain (il a tous les talents ce gars !). Par contre, j'aime le rôle de la mère de Rose, bourgeoise ruinée, confite dans ses principes, ne comprenant pas le monde qui l'entoure, ni le drame qui se joue. La division du monde en classes, les riches, les pauvres, honnêtes gens, arrivistes corrompus, aurait sans doute mérité, là encore, un traitement moins simpliste.
Pour ma part, s'il fallait vraiment trouver un vrai gros défaut à ce film, il s'agirait de la musique. Le thème composé par James Horner, est tout bonnement insipide, ne véhicule aucune grâce ni lyrisme. Franchement, si l'on a encore dans l'oreille les violons de OUT OF AFRICA, ou le thème de AUTANT EN EMPORTE LE VENT, y'a pas photo. D'autant qu'à chaque fois qu'il nous balance sa musique, on s'attend à voir débouler Céline Dion à la rame sur un canot... Une catastrophe à la fois, pitié ! Je serais aussi tenté de remettre en question le double récit, avec les explorateurs. C'est un peu longuet, et pas franchement nécessaire. La voix off de Rose aurait sans doute suffit pour introduire le récit, avec un ou deux plans d'elle à la fin, lâchant son collier dans l'eau. Par contre, le travelling sur la carcasse engloutie du bateau, qui revit, puis les coursives, le grand escalier, où tous les personnages du films se retrouvent, comme une ultime convocation du passé, est un plan techniquement et émotionnellement de toute beauté.
James Cameron a voulu réaliser un grand film populaire, composé d'aventure, de suspens, de drame, de passion, de lyrisme, avec beaucoup de soupirs et de larmes (comme s'il n'y avait pas suffisamment de flotte sur l'écran !). C'est réussi. Le film est long, mais la foi et le sens du récit du réalisateur emporte tout, et les acteurs sont convaincants. Ils sont peu, les metteurs en scène, aujourd'hui, suffisamment indépendants (et mégalos) pour s'offrir de tels rêves. TITANIC est devenu un grand classique du cinéma, qu'il faut prendre pour ce qu'il est, sans être trop exigeant.