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P.J. Harvey ne cherche pas à séduire. Pourtant, on vient à sa musique comme attiré par un magnétisme animal, cette mise à nu qu'elle opère dans ses chansons. Ce troisième album poursuit et étend le territoire découvert par les précédents au-delà du punk blues d'écorchée vive qu'elle a sublimement pratiqué jusque-là. L'écoute au casque s'avère une expérience étonnante. Polly Jean Harvey a truffé chaque côté de crissements, de stridences et d'incongruités grinçantes comme autant de colifichets sonores. Ils vont habiller de façon surprenante des histoires issues de l'imagerie des blues ("Long Snake Moon", "Down By The Water"). Sa voix se fait enfantine sur "Working For The Man" ou barbare sur "I Think I'm A Mother", tout en restant intrigante et sans jamais totalement livrer ses mystères. On pense à un croisement entre Patti Smith, l'égérie punk new-yorkaise, et Nick Cave, le prince des ténèbres d'Australie. Il n'en reste pas moins que
To Bring You My Love est un album bouleversant parce qu'il livre toute l'intimité tourmentée d'une artiste au bord du gouffre, qui a su l'exprimer en musique.
--José Ruiz
Critique
C’est à partir de cet album que PJ Harvey devient une artiste solo et quitte le statut de chanteuse underground pour entrer dans le club des auteurs-compositeurs anglais à succès. A partir des démos et des indications de Polly, qui lui laisse quand même toute marge de manœuvre, le guitariste, batteur et co-producteur John Parish élabore des arrangements inventifs et des ambiances adaptées aux envies de son élève, qui, depuis
Dry et
Rid Of Me, a gagné en maturité, et pas seulement artistique.
Si elle chante toujours de sa voix souple et torturée les tourments de l’amour, ce ne sont plus seulement ceux de l’amour physique, comme en témoigne déjà le morceau-titre, avec son orgue hypnotisant et ses paroles bouleversantes (« Je suis née dans le désert / Depuis des années je suis au plus bas / Jésus, approche-toi / Je crois que ma fin est proche »)
ou le terrible
« Send His Love To Me », supplique de la chanteuse au Très-Haut pour que revienne l’être aimé. Au niveau de la composition, Polly est à son zénith : bien qu’entraînantes et plus accessibles aux oreilles « sensibles »,
« C’Mon Billy » ou
« Down By The Water » ne correspondent pas pour autant à une conception traditionnelle de la pop, le violent
« Long Snake Moan » évoque carrément le Led Zeppelin de
« When The Levee Breaks » et sur
« I Think I’m A Mother », la sauvageonne du Dorset s’inspire même de Captain Beefheart, son maître en blues.
Et il y a encore cette voix, si forte, si charnelle, si riche en émotions, qui résonne dans la tête de l’auditeur bien après la fin de l’album, qui semble toujours trop court, même après la millième écoute. On aura beau chercher, on ne trouvera pas ici un seul titre faible ou même moyen. Un inépuisable classique (et pas seulement des années 90) et le must de PJ Harvey.
Frédéric Régent - Copyright 2012 Music Story