Avec ce trente-troisième album studio au compteur, Bob Dylan, en termes de productivité artistique, joue désormais dans la cour d’un Picasso, parmi les artistes définitivement emblématiques du XXième siècle. À 67 ans, et tandis que son
never ending tour ne s’arrête effectivement jamais, le barde essentiel trouve le temps et l’inspiration pour un nouvel opus charmant. Le terme est peut-être suranné, mais il définit bien ce disque écrit avec Robert Hunter, poète beatnik connu pour avoir écrit les textes du Grateful Dead durant quelques décennies, et produit par Jack Frost, dernier pseudo en date de Dylan.
Un album né de la demande du réalisateur français Olivier Dahan, qui réclama une chanson pour la B.O. de son prochain film.
« Life is Hard » bouclée, avec sa guitare quasi hawaïenne et son chant de crooner épuisé, Dylan se sentit en verve pour en composer d’autres, orchestrées avec son backing band habituel, renforcé du guitariste de Tom Petty & The Heartbreakers.
Together… reste néanmoins un album dominé par l’accordéon ! Pas celui d'André Verchuren, celui, plaintif, de David Hidalgo de Los Lobos, qui apporte une coloration tex-mex nostalgique et sudiste à nombre de ces chansons. L’autre veine explorée est celle des origines : le blues à la Chess Records de
« My Wife’s Home Town », et le rock’n’roll près de l’os, à la Sun Records, de
« Shake Shake Mama », « Jolene » ou ce
« Beyond Here Lies Nothin' » qui ouvre les hostilités.
Dylan n’a plus rien à prouver, il a vendu cent millions d’albums au cours des cinq dernières décennies, et pourtant, il chante ici mieux que jamais ! Sa voix pleine de gravillons maîtrise parfaitement ces rock de bouges comme ces tempos paresseux, et dans ce territoire de chansons d’amour, ou plus précisément de souvenirs d’amour, il n’hésite pas à la mettre en avant, comme un cow-boy un peu fourbu mais tellement rôdé à l’exercice. Crooner sarcastique et vigoureux, il conduit le groove un peu country jazz
(« Life is Hard »), franchement fifties
(« Jolene » et son atmosphère de bar honky tonk
) ou ces moments tex-mex qui évoquent plus Austin, Texas que Duluth (Minnesota) :
« This Dream of You » ou
« If You Ever Go To Houston ». Mais aussi
« Feels A Change Coming On » ou le final
« It’s All Good » qui reste une bonne définition de ce
Together….
Ce n’est pas un grand album de Dylan, et les chansons qu’il réunit ne resteront pas parmi les monuments de cet homme qui en érigea tant, mais c’est définitivement un disque d’immédiate séduction, le plaisir qu’il éprouve à chanter ces mélodies est palpable, et jamais affecté. Arrivé à ce moment du chemin, c’est une bénédiction.
Jean-Eric Perrin - Copyright 2012 Music Story