Malgré l''intérêt des airs isolés et le succès des récitals lyriques, il reste préférable d''écouter les grandes œuvres de Haendel comme des touts : elles ne sont pas, malgré une légende tenace, de simples prétextes pour numéros de virtuosité. Tolomeo ménage trois rôles de premier plan bien caractérisés : Ptolémée lui-même, le prince héritier en exil, déguisé en berger ; Séleucis, sa tendre épouse, qu''il croit d''abord morte ; Elise, l''altière princesse de Chypre, qui l''aime sans retour. Par rapport à d''autres œuvres italianisantes, l''opéra cherche, comme l''explique l''intéressante notice, à aller vers plus de simplicité, plus de vraisemblance, à construire une progression dramatique sans intervention du surnaturel. La musique, ravissante, culmine avec des moments comme le duo « Se il cor ti perde » entre Ptolémée et sa chère et tendre qui conclut le second acte (Haendel, toujours inspiré par la fidélité et l''amour conjugal : voir Salomon). Le présent enregistrement dirigé par Alan Curtis présente l''atout maître de trois belles voix bien différenciées, saines, agiles et juvéniles pour tenir les rôles principaux : Ann Hallenberg pour Tolemeo (rôle tenu à l''époque de la création par le castrat vedette Senesino), Karina Gauvin, si fraîche en Seleuce ; la pétillante Anna Bonitatibus en Elisa. Un festin et un régal.