Après une composition en rodage en 1966,
A Quick One While He’s Away, (« Un petit coup vite fait tant qu’il n’est pas là »), ou un mini-opéra pour permettre au groupe de faire ses gammes,
Tommy est entré dans l’histoire comme le premier opéra rock, ce qui n’est pas tout à fait exact (l’album
SF Sorrow de The Pretty Things l’a, et précédé de quelques mois, et largement inspiré), et il est à parier que les années qui passent rendent l’écoute
in extenso de l’œuvre (éditée en double album dans sa version originale) de plus en plus délicate.
Car cette histoire d’enfant sourd, muet, aveugle, et maltraité, partant à la conquête du monde, surfant sur sa diabolique habileté devant un flipper, est illustrée de trop de morceaux accessoires, de chansons de trois bouts de ficelle, de pièces de transition, pour générer une constante attention. Il n’en demeure pas moins que Pete Townshend, pratiquement seul maître à bord de l’aventure (il compose – presque – tout, et, naturellement, s’adjuge guitares et claviers), déploie des trésors d’ingéniosité, pour rendre cohérente la construction narrative pertinente. Et que les Who, en leur ensemble, ne perdent jamais de vue qu’ils évoluent toujours dans un univers pop, et que leur principale tache reste de ciseler des chansons instantanées, et immédiatement mémorisables.
Bien évidemment,
« The Acid Queen »,
« Pinball Wizard », et
« I’m Free » répondent parfaitement à cette exigence. D’un point de vue structurel, le cor anglais dans
« Overture », son écho anxiogène dans les dix minutes de
« Underture », ou
« We’re Not Gonna Take It » rappellent que, si l’on a frôlé le chef d’œuvre,
Tommy reste un album majeur de l’histoire du rock. Le disque, interprété par les seuls membres du groupe, sans invité prestigieux, atteindra naturellement les sommets de vente en Grande-Bretagne et dans toute l’Europe, et parviendra en quatrième position des charts américains.
En 1972, le groupe réalisera un enregistrement, incluant stars et autres vedettes (Rod Stewart, Steve Winwood, Ringo Starr, et beaucoup d’autres), de la partition. Et, en 1975, le metteur en scène Ken Russell portera l’histoire à l’écran, faisant pour la musique appel, outre les Who, à Eric Clapton, Tina Turner, ou Elton John.
Christian Larrède - Copyright 2013 Music Story