Sauf à dire que c'est parfait, il n'est pas facile de parler de ce film sur la famine bengalie causée par la Seconde Guerre mondiale en raison de la qualité de la mise en scène, de la cohérence du discours et du classicisme sans aspérités de la construction, tous points qui laissent peu de place au commentaire. On commence par des images idylliques (couleurs chatoyantes) et les menaces s'accumulent juste à ce que se déchaînent les malheurs et que la faim provoque la dissolution des règles sociales ou du respect de soi.
Le film est illuminé par la présence de la femme du brahmane, jouée par Bobita, d'abord en raison de sa beauté, de son rayonnement physique, mais aussi de sa générosité et de son courage. Son mari, Soumitra Chatterjee, est un personnage plus terne, quoique lucide, et d'ailleurs les femmes sont largement au centre de l'action et de la sympathie du spectateur. Dès le début, la réaction d'une jeune fille à l'idée que bientôt elle sera probablement mère (très tôt, comme on le sait) contribue à installer l'idée de la critique de la condition féminine.
Le thème du parasitisme des brahmanes, qui vivent des dons d'une paysannerie souvent misérable, est traité de manière d'autant plus évidente que Satyajit Ray ne cache pas leur incompétence et la faible valeur des services qu'ils rendent à la population. Ray fait d'ailleurs exprimer d'une manière un peu didactique les inconvénients de cette organisation sociale par le brahmane lui-même. On pardonnera que certains personnages, censés souffrir de la faim, restent assez potelés, en se disant qu'il était difficile d'infliger un régime aux acteurs pendant le tournage du film...