Rarement un titre d'album n'aura sonné si juste et même si prophétique. Voici donc le meilleur disque du meilleur groupe de rock français. Tout simplement. C'est que le rock et la France, pardon, mais il y a toujours eu incompréhension. Quand ici, l'idée du rock, c'est Johnny... C'est-à-dire qu'on ne fait que recopier les Anglo-Saxons en y adaptant des paroles en français, sans avoir jamais rien compris, de surcroît, à l'histoire de cette musique. Les Dogs, eux, chantaient en anglais. Naturellement. Pouvait pas en être autrement pour faire du rock. Bien sûr, ici, un disque en anglais, ça se vend beaucoup moins bien. Demandez à Stephan Eicher, artiste qui se voulait Européen à ses débuts: ses singles en anglais ne vendaient rien dans nos contrées. En français, en revanche, carton plein... Maintenant, force est de constater que les Dogs proposaient un rock très subtil, racé, avec une vraie vision du truc. Il y avait bien l'obsession sixties, très légitime en vérité, mais ils étaient en fait parfaitement contemporains de leur époque. Rien de purement rétrograde, en somme. Ils appartenaient bien à la mouvance post-punk, comme on dit maintenant (on disait new wave à l'époque), évoquant largement, finalement, les Only Ones, par leur fragilité et leur candeur romantique. Plus que tout, en fait, enlevez la forme, conservez juste la voix de Dominique Laboubée, et les compos, dans le fond, vous évoqueront... The Cure. Si, si, je vous jure. C'est dire si ce groupe était de son temps. Dans la forme, on était plus dans l'idée qu'on peut se faire d'une Amérique rêvée, celle des sixties et ses guitares carillonantes, son harmonica évocant les grands espaces. Mieux que tout, cet album tout en nuances, qui ne cherche jamais à impressionner, dont les compos apparaissent comme déjà entendus de prime abord, se révèle très riche, supporte des années d'écoute, vous accompagnera partout, dans vos peines et dans vos joies, dès que vous en aurez compris la grande profondeur. Car plusieurs titres font mouche, sans qu'on les ait vus venir. Vite addictifs, mais toujours en équilibre, jamais rentre-dedans ou trop évidents. Et puis il y a le son. Vous pouvez écouter un Téléphone, vous, aujourd'hui? Ou un Trust? Les Dogs, qui pouvaient sonner petit bras à l'époque, comme le bon vin, sortent encore mieux des enceintes maintenant, écrasant toute la concurence, de l'époque mais aussi des années à venir. Ils ont le son intemporel parfait, impossible désormais à dater. Eux qui pouvaient passer, justement, pour rétrogrades, annihilent toute possibilité d'être daté aujourd'hui. Visionnaire, en quelque sorte. Bref, les Dogs, quoi. Exception culturelle. Et ils étaient de Rouen. Pas de Paris. Ce qui aurait pû expliquer leur échec, le public les trouvant alors trop arrogant, trop poseurs, trop ... Parisiens. Même pas. Totalement parfait et totalement gâché. On ne tient pas là un disque majeur méconnu du rock, non plus. Comme ces chefs-d'oeuvre oubliés. Juste un excellent album, rare dans nos contrées.