Luca Torelli, dit Torpedo, est un italien sans âge qui, après avoir vu massacrer sa famille au pays (et l'avoir en partie vengée), est parti à New York un peu avant les années 1920. Là, confié à un vague cousin, il fera son trou (si j'ose dire) en devenant tueur à gages. Jeté très tôt dans un univers où personne - enfant, homme ou femme - n'a de sens moral, Torpedo opère dans les bas-fonds du New York des années 1930 où le crime est roi. Son faciès en lame de couteau, son absence totale de sens moral et sa productivité dans le crime en font un professionnel redouté. L'ouvrage recueille l'ensemble des aventures de Torpedo, ces dernières faisant chacune entre 1 et 46 pages, mais le plus souvent 8 ou 10 pages. Les parents vigilants noteront que dans ces récits écrits dans les années de l'avant politiquement correct (les années 1980), le nombre de morts violentes et de viols est impressionnant. Et il y a aussi l'ambiance franchement raciste, l'évocation d'actes pédophiles, les propos homophobes et toute forme de situation scabreuse. Après deux courtes premières histoires dessinées par la star américaine Alex Toth (qui a quitté un navire - piloté par Abuli - trop amoral à son goût), le reste de l'ouvrage est confié à Jodi Bernet, qui se place dans un style quelque part entre Joe Kubert/Frank Thorne et Vuillemin. La traduction dans un français parfois approximatif est je pense voulue comme telle. Bien évidemment (cf. une autre chronique qui demande où est la couleur), l'ouvrage est en NOIR (et blanc). Car Bernet maîtrise totalement cet art difficile du N&B dans la BD. Torpedo a obtenu un prix au festival d'Angoulème en 1986.