Une partie d'échecs en plein Atlantique, le duel entre deux machines, entre deux équipages, entre deux commandants.
Les machines : En surface, dans la lumière, un destroyer américain rapide, maniable, très efficace en détection mais médiocre en armement. Ce petit chasseur traque une proie un peu grosse pour lui, qui le fuit en se dissimulant dans les profondeurs sombres de l'océan : un sous-marin allemand, lent, peu maniable, vulnérable, mais redoutablement armé.
Les équipages résument le peuple dont ils sont issus. Les américains, bavards et remuants, combattent sans arrière-pensée, sous les ordres d'officiers débonnaires. Pendant les pauses, ils se racontent leur vie civile ou lisent pour se distraire. Les allemands, enfermés dans leur sous-marin, sont fatigués, sales et silencieux. Sous tension permanente, ils étouffent leurs craintes et leurs doutes - et leur amitié - sous le respect de la hiérarchie. La vie à terre est aussi loin que le ciel, on ne sait pratiquement rien d'eux ni de leurs pensées.
Les commandants : Robert Mitchum dissimule sous une simplicité bonhomme un drame qui a changé sa vie. En face, Curd Jürgens (excellent), vieux loup de mer crasseux et débraillé, incarne le doute et la désillusion d'un soldat perdu, un combattant patriote un peu romantique qui ne croit plus ni en la « nouvelle Allemagne » et son Führer, ni en un quelconque salut. Chacun des deux, connaissant ses forces et ses faiblesses autant que celles de son adversaire, cherche à deviner les pensées de l'autre et à le devancer pour porter un coup décisif. Bien que décidés à ne se faire aucun cadeau, ils se respectent, s'estiment peut-être.
Le film, inspiré du livre d'un officier de marine, est volontairement simple, très réaliste (beaucoup de détails sonnent juste) et sans esbroufe. Bien que la mise en scène classique ne lui confère pas tout à fait l'ampleur d'un grand chef-d'oeuvre, il est bien fait, original et intéressant.