Steinbeck ouvre son roman sur les mots suivants : « Voici l’histoire de Danny, des amis de Danny et de la maison de Danny. Voici comment ces trois sont devenus une seule et même chose, car, à Tortilla Flat, lorsqu’on parle de la maison de Danny, il ne s’agit pas d’une veille construction de bois mal badigeonnée, disparaissant sous un antique rosier de Castille jamais taillé. Non, quand on parle de la maison de Danny, on entend par là une entité dont les composantes étaient des hommes et qui fut source de douceur et de joie, de philanthropie et pour finir, de peine mystique. Car la maison de Danny n’est pas sans rapport avec la Table ronde, ni les amis de Danny avec ses chevaliers. Voici donc l’histoire de ce groupe : comment il se forma, comment il crût et s’épanouit en une organisation de sagesse et de beauté. On y verra les amis de Danny et leur vie aventureuse, avec les biens qu’ils on fait, avec leur pensées, avec leurs entreprises. On y verra à la fin comment le talisman fut perdu et comment le groupe se désagrégea. »
Et, étant donné que Steinbeck remplit son contrat, nous livre ce qu’il annonce, je préfère citer ses mots pour donner un aperçu du style et de l’histoire du livre où selon moi des phrases très simples peuvent provoquer beaucoup d’émotions (bien sûr « simple » s’entend à la lecture et non à l’écriture car il est très difficile d’écrire des phrases d’apparence simple –un peu comme les danseurs de claquettes qui font ça avec une apparente légèreté et facilité et ont beaucoup travaillé pour y arriver-).
Dans « Tortilla Flat » on suit l’histoire de gens simples, qui n’ont pas beaucoup plus de souci que se trouver un gallon de vin pour la journée et un peu de nourriture, du moins s’est ce qu’ils s’efforcent de croire. Surtout depuis que Danny leur a fourni le toit dont il a hérité. La vie continue son petit bonhomme de chemin, de micro aventure en micro aventure, sans que les amis de Danny se rendent compte du blues qui croît en lui, regret de sa vie d’avant la propriété.
Mais la véritable histoire tient plutôt dans la naissance et la mort d’une amitié de groupe soudée, les petites choses à quoi ça tient, comment d’un sentiment très fort ne peu en définitive plus rester grand chose, si ce n’est dans les mémoires, et c’est déjà ça.
Le narrateur garde une certaine distance par rapport aux personnages, ce qui permet d’introduire un peu d’ironie et d’humour sur les pensées du groupe qui sont assez simplistes, mais sans jamais les juger, en respectant ses personnages pour ce qu’ils sont, avec tendresse.
Un conte de bidonville qui laisse un goût doux-amer planer autour du lecteur qui referme le livre…