Admirable, tout le monde le dit, mais attention ! il se peut que le premier acte déçoive un peu, du fait d'une trop grande attente, mais plus encore d'un manque de tension dramatique, dû surtout à Cornell MacNeil qui, en Scarpia, par un défaut de justesse et de puissance détruit l'impact du finale dont la confrontation musicale et dramatique entre l'extase perverse de Scarpia et l'hymne religieux doit produire un effet grandiose et scandaleux. Bryn Terfel, dans un autre DVD, rend totalement justice à cet endroit de la partition. Pour cet acte, que je n'oublie pas de mentionner la bonne prestation de Fernando Corena en sacristain, comique sans être grotesque, et plus rare encore, car le rôle est souvent sacrifié du fait de sa brièveté, un étonnant Angelotti, puissant et bien chantant, un certain John Cheek. (Qu'est-il devenu ?)
Le deuxième acte efface toutes les réserves. Dans un climat dramatique d'une densité insoutenable, les protagonistes se donnent à fond. Shirley Verrett d'abord, tragédienne déchirante, traduisant toutes les émotions de son personnage avec une justesse rare, Cornell MacNeil ensuite qui, peut-être en méforme au premier acte, se rachète entièrement ici, enfin Pavarotti bien sûr, dont le "Vittoria" est époustouflant. Cet acte, un des plus violents que l'Opéra connaisse, déchire les entrailles, et ce jusqu'à la pantomime finale que Shirley Verrett renouvelle presque par la charge émotionnelle dont elle arrive à doter tous ces gestes bien connus.
Quant au troisième acte, je l'ai trouvé musicalement très bien mené, surtout par un aussi jeune chef que James Conlon, et l'on sait qu'il est très difficile de maintenir la ligne à travers tant d'atmosphères, de situations, et de sentiments différents, tous suivis de très près par la partition. Je ne parle pas de Verrett et Pavarotti dont le long duo, chargé de tendresse, de poésie, est délicatement joué. (Le bonus montre combien ils l'ont travaillé jusque dans d'infimes détails de tempo et de respiration).
La direction d'acteurs de Tito Gobbi est fine, intelligente, avec de belles trouvailles, toutes respectueuses du livret; il est vrai qu'il a chanté Scarpia 879 fois, cela permet de savoir de quoi l'on parle. Heureuse époque !
Un grand moment d'Opéra à ne manquer sous aucun prétexte.