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"Todo es aqui", ou plutôt "Tout est là". De l'intérêt que suscite Noir Désir depuis ses débuts au milieu des années 80, à savoir cette fougue sans pareille qui fit qu'on compara son chanteur, Bertrand Cantat, au charismatique leader des Doors, Jim Morrison. Tout est là et même accentué par la production de Ted Niceley, un des membres du groupe hardcore culte Fugazi. Et le miracle opère qui fait que pas une seconde on ne sombre dans l'hypertrophie des riffs qui aurait pu être caricaturale, un cliché collé aux basques du groupe comme un boulet. Qui plus est, cet album offre un des plus beaux simples du combo bordelais, l'hymne "Tostaky (le continent)" et son refrain accrocheur : "Soyons désinvoltes, n'ayons l'air de rien". L'image du groupe depuis "Veuillez rendre l'âme (à qui elle appartient)" s'est quelque peu durcie, privilégiant les fulgurances soniques.
Tostaky est un des classiques du rock made in France. Et du rock tout court.
--Hervé Comte
Critique
C’est un fait : les années 80 furent la plus triste décennie pour le rock. Mais émergent des groupes qui vont révolutionner le style. En 1991, sortent le
Nevermind de Nirvana, le
Blood Sugar Sex Magic des Red Hot Chili Peppers, puis en 1992, c’est
«Killing in the name» de Rage against the machine qui envahit les ondes. Dans ce contexte, Noir Désir revient avec
Tostaky après le rageur
Du ciment sous les plaines et malgré une pause qui faillit écourter la carrière des Bordelais. Pause qui a pourtant porté ses fruits puisque chacun des membres voit dans le groupe Fugazi une révélation. C’est pourquoi ils rallient le producteur des américains, Ted Niceley, à leur cause. Aux manettes du nouvel opus enregistré en live, il laissera exploser la hargne de Noir Désir sans corrompre les mélodies et les paroles obscures chères au groupe.
Tostaky, contraction de «tout est là», annonce la couleur. Ce sera en noir et blanc et le dos tourné… Les guitares sont donc ici à l’honneur avec les déferlantes de
«Here it comes slowly» et
«Tostaky», les riffs hypnotiques de
«One trip one noise»,
«7 minutes» et
«It spurts» puis avec l’apocalyptique refrain de
«Lolita nie en bloc». Noir Désir laisse aussi à l’auditeur quelques instants de répit (
«Marlène»). Mais une guitare en embuscade ne peut s’empêcher de déchirer la plus paisible ballade (
«Oublié»). La voix a déjà fait ses preuves. Elle est ici plus brute pour servir des textes tout aussi dépouillés. Bertrand Cantat use et abuse d’images parfois énigmatiques (
«Ici Paris»), parfois tendancieuses (
«Alice»). Tostaky, c’est aussi le début de l’engagement politique de Noir Désir avec
«Here it comes slowly» qui fait référence à la montée en puissance du front national. Et dans
«Ici Paris», on entrevoit les premières critiques contre une société mercantile et individualiste. L’épisode
«Aux sombres héros de l’amer», succès mal assumé par le groupe, ne se renouvelle pas. Cette fois, Noir Désir n’a pas à rougir de son tube
«Tostaky» qui reflète l’album et a fortiori l’humeur du moment des Bordelais. L’événement renforce encore l’intégrité du groupe et explique le message qu’il fera passer aux Victoires de la Musique en 1997 : «Il n’est pas nécessaire de perdre son identité et son âme pour se faire reconnaître».
Anthony Triaureau - Copyright 2012 Music Story