Sebastian Akchoté, alias SebastiAn, a longtemps été l’éternel talent prometteur. Avec la chance qui va avec :
petit protégé du plus influent label de musique électronique français, Ed Banger, il s’est permis de prendre son temps. Après des années à faire paraître des choses à droite et à gauche (des nombreux remixes, plusieurs maxis et les bandes originales de Steak de Quentin Dupieux et de Notre Jour Viendra, de Romain Costa-Gravas), et six ans après son premier single, un album fait enfin son apparition. Autant dire que Total était très attendu. Et pourtant, il ne porte pas si bien son nom...
Certes, Total fait preuve d’une véritable cohérence en détaillant les péchés mignons bien connus de SebAstian : le punk post-adolescent, les réminiscences de bandes originales, si possible de films italiens, le funk seventies à paillettes et les sons ultra saturés qui sont devenus, avant bien d’autres artistes d’Ed Banger, sa marque de fabrique. Avec ses prodigieuses distorsions et découpes rythmiques…
C’est dont logiquement que ces vingt-deux (!) morceaux comptent des perles en leur sein. « Love in Motion », illuminé par le chanteur blue-eyed soul Mayer Hawthorne, est d’un groove intelligemment inspiré des plus belles heures de Prince. L’autre invitée de Total, M.I.A., s’impose parfaitement sur « C.T.F.O. » et sa vindicte latente. Le premier single de l’album et tube patenté « Embody », est d’une efficacité indéniable, balancé juste comme il faut. Il offre à n’importe quel admirateur des Daft Punk le goût d’une madeleine de Proust moelleuse et agréablement sucrée... Dans le genre, « Kindercut » est également une friandise électronique de haute voltige, et dont il serait dommage de se priver. Sans oublier des titres comme « Ross Ross Ross », déjà présent sur le maxi du même nom en 2006, que l’on retrouve avec plaisir, ou « Motor », issu du maxi éponyme (2008).
Le disque s’avère assez honorable, mais valait-il vraiment la peine d’attendre aussi longtemps ? Difficile de répondre affirmativement. Près d’une dizaine de morceaux sont en réalité des interludes, et si certaines boucles séduisent (« Mean Games » ou « Hudson River »), d’autres laissent l’auditeur sur sa faim (« Tough Games »). Il peut alors en ressortir un sentiment d’indigence... Dommage pour un faiseur de sons de cette trempe.
Sophie Rosemont - Copyright 2012 Music Story