Ce livre est une saga romanesque, une sorte de cavalcade sentimentale, qui convie le lecteur à un voyage à travers le monde (Lima, Paris, Londres, Tokyo, Madrid) depuis les années cinquante jusqu''à la fin du siècle dernier, sur les traces de Lily la « vilaine fille » dont Ricardo, le narrateur, est éperdument amoureux depuis son adolescence.
Il lui voue un amour tenace et sans limites bien que l'objet de son intense désir apparaisse dans sa vie aussi soudainement qu''elle s'éclipse sans crier gare laissant derrière lui le goût amer de jouer à un jeu bien cruel.
Au cours de ces quelques décennies que couvre l''histoire, le personnage de Lily, dont l''identité change au gré de ses multiples maris, reste aussi insaisissable qu''il est difficilement définissable : un caméléon prêt à tout pour accéder à d''indicibles perspectives pas forcément honnêtes mais en tout cas toujours intéressées. Une personnalité qui exaspère à bien des égards par son inconstance mais qui, grâce à la narration pleine de vitalité de l''auteur, est capable de fasciner par ses inclinations à rebondir et à se renouveler.
Ainsi donc, c'est au gré des tours et des détours de l''existence tumultueuse de cette vilaine fille que se construit la vie de Ricardo traversant des époques et des lieux aux multiples « révolutions » culturelles, politiques, sociales et morales. C''est aussi à ce niveau un enchantement car cette variation de lieux et de contextes, aux rebondissements qui répondent à toutes nouvelles retrouvailles, tend à placer le lecteur en continuelle attente à l''instar d''un feuilleton.
Pour ma part, j''ai eu beaucoup de compassion pour Ricardo, le « bon garçon », et son amour démesuré qui n''a hélas eu que bien peu d''écho si ce n''est un comportement tout en froideur, en détachement et égoïsme, pas vraiment en adéquation avec l''intensité de ses sentiments. Souvent, au cours de la narration, j''ai souhaité qu''il parvienne à oublier cette femme, qu''elle disparaisse définitivement de sa vie et qu''il puisse enfin s'en libérer et en faire son deuil. Car cet amour, qu'elle a rendu tellement inaccessible, a pour le moins été dévastateur. Mais le livre n''aurait ainsi pas pu suivre l''orientation que l''auteur exigeait sans doute, à savoir l''échec. Celui, évident d''une part pour Ricardo dans son amour impossible qui a sclérosé voire aliéné toute sa vie mais aussi d''autre part pour la vilaine fille dans le refus de sa condition issue d''une classe populaire qui l''a conduite à perdre jusqu''à son identité dans cette quête inlassable de liberté et d'émancipation sociale.