je fais partie de ceux qui ont découvert le livre de Pascal Quignard sur le tard, bien longtemps après avoir entendu la viole de Jordi Savall puis vu le film "tous les matins du monde". Le roman est émouvant et sensible, bien écrit dans une jolie langue, émaillé de jolies références au grand siècle qui démontrent la connaissance et la sensibilité de l'auteur et son goût pour le grand siècle profond intime et grave, celui des jansénistes ou des natures mortes de Lubin Baugin (curieusement, Louise Moillon n'est pas citée, mais elle aurait pu l'être à propos des quetsches), pas celui de la cour de Vaux ou de Versailles. L'inévitable (apparemment chez Quignard) question sexuelle, certes plausible et nécessaire à l'intrigue, et bien qu'abordée avec goût et relativement de pudeur, est tout de même traitée de manière un peu explicite. En tout cas comme elle l'est au vingtième siècle plutôt qu'au dix-septième où, sans être aucunement bégueule, on savait sous-entendre ou dire simplement sans appuyer. Mon exemple de prédilection à cet égard se trouve chez le merveilleux Charles Perrault dans "la belle au bois dormant", lorsque le Prince et la belle, enfin délivrée après cent ans de sommeil, passent leur nuit de noces: "ils ne dormirent pas beaucoup, la belle n'en avait pas besoin".
Mais revenons à Pascal Quignard; son roman est assurément un bon livre et il fait vibrer la musique!