En 2 x 90mn, le réalisateur Philippe Niang (un franco-sénégalais né en 51 et metteur en scène notamment des 'Amants de l'ombre' avec Anthony Kavanagh en 2009) rend hommage à un précurseur : Toussaint Louverture (1743-1803), un ancien esclave devenu le tout premier leader noir à avoir osé s'en prendre à une puissance coloniale, en l'occurrence la France, et à la vaincre et ce dans son propre pays, Saint-Domingue.
Son histoire nous est racontée sous forme d'un long flash-back distillé au fur et à mesure des visites dans sa prison d'un envoyé de Napoléon (Arthur Jugnot, le fils de), mandaté par le général Cafarelli (Féodor Atkine), bien décidé à récupérer le trésor de guerre de Toussaint pour le compte de l'Empereur.
Acheté enfant par un colon (Philippe Caroit ; 'Coplan' autrefois à la télévision, 'RIS : police scientifique' plus récemment sur le même petit écran), Toussaint Bréda (le haïtien Jimmy Jean-Louis, vu dans 'Heroes') est affranchi par celui-ci l'année de ses 33 ans. Il devient alors devenu un petit planteur aux côtés de sa femme (que joue la belle française d'origine sénégalaise Aïssa Maïga). Mêlé aux troubles qui ont commencé d'agiter l'île du vivant de Louis XVI, Toussaint, qui a d'abord rejoint les rebelles en tant que 'docteur feuille' (rebouteux), devient rapidement l'un de leurs chefs. Après que Louis XVI ait été guillotiné, il s'allie aux espagnols désireux de s'emparer de l'île et qui le nomment général. Devenu Toussaint Louverture (grâce à son habileté à enfoncer les lignes ennemies), il passe toutefois de nouveau du côté français au moment où le révolutionnaire Léger-Félicité Sonthonax (dont la splendide franco-rwandaise Sonia Rolland joue l'épouse) abolit l'esclavage à Saint-Domingue. A partir de là, rien n'arrêtera plus la marche vers le pouvoir du principal leader des noirs de Saint-Domingue...
Avec aussi l'excellent franco-béninois Hubert Koundé dans le rôle de Jean-Jacques Dessalines qui proclamera finalement l'indépendance d'Haïti en 1804, près d'un an après la mort de Toussaint Louverture au château de Joux dans le Jura.
L'homme est une légende et pourtant cette légende n'avait jusqu'à présent pas eu droit à son 'biopic'. Hasard ou volonté délibérée ? Qu'importe ! C'est donc désormais chose faite et bien faite : Philippe Niang, qui œuvre depuis longtemps pour plus de tolérance et contre le racisme, signe l'épopée magique, mais aussi sanglante, d'un homme pas comme les autres : face aux révolutionnaires qui, en métropole, ont donné naissance à la devise 'Liberté, égalité, fraternité' (qui soit-dit en passant est la devise nationale de la France, mais aussi de Haïti...), Toussaint Louverture osa tenter de faire exister la cause noire, se battre pour que l'esclavage soit aboli, et, malheureusement pour lui, tenir tête à Napoléon : sa lettre à celui-ci, qui commença avec les mots : « Du Premier Noir au Premier Blanc... », mit le feu aux poudres entre lui et l'Empereur des Français...
Si l'histoire de l'émancipation des Noirs vous intéresse, ne manquez d'accorder à ce long-métrage de 3 heures un peu de l'attention qu'il mérite : la pente fut rude et n'est pas encore complètement arpentée pour ces Français entièrement à part qui attendent encore de pouvoir devenir des Français à part entière !
A noter : si le sujet vous interpelle, n'hésitez pas non plus à faire l'acquisition du salutaire documentaire de Pascal Blanchard (historien de la colonisation) et Juan Gélas de 2011, 'Noirs de France', qui, en 3 x 55mn, illustre, grâce à de nombreux documents d'époque (des images en noir et blanc dans l'ensemble) et les interventions de Noirs d'aujourd'hui (des historiens et politiques pour la plupart, mais aussi Pascal Légitimus -l'arrière-petit-fils du premier député noir de Guadeloupe- ou Lilian Thuram), le chemin particulièrement caillouteux qui a mené ces anciens sujets de l'empire colonial français, devenus des citoyens de seconde zone, vers un peu plus de lumière...