Titre original : "All That Heaven Allows", Douglas Sirk, 1955, Couleur, bonne copie, 2 DVDs Carlotta, le deuxième DVD constitué de bonus.
Dans une petite ville de Nouvelle-Angleterre, où tout le monde se connait, dont les cancans et les soirées au Country Club sont les seules distractions, une jeune veuve, Cary Scott (Jane Wyman), mère de deux grands enfants déjà à l'université, s'éprend lentement mais sûrement de son jardinier-horticulteur, Ron Kirby, beaucoup plus jeune qu'elle (Rock Hudson).
Contre les commérages (différence d'âge, différence de statut social, différence de fortune), contre ses enfants, tout occupés d'eux-mêmes, et pour qui leur mère a déjà vécu, malgré la peur de ses propres sentiments (ceux de Ron sont dès le départ indiscutés), et celle de recommencer sa vie à un âge où elle semble être faite, Cory finira par rejoindre l'homme qu'elle aime...pour le meilleur et pour le pire.
Douglas Sirk s'est-il fait plaisir en mettant son génie au service de ce conte bleu au happy end surprenant dans une oeuvre plutôt pessimiste ? Peut-être. Mais qu'importe ! Et qu'importe que l'on sache que de telles histoires n'arrivent guère et que si elles arrivent, elles ne réussissent pas, on veut y croire, avec lui. Et si l'on y croit, c'est parce qu'en art le style est tout, et que le style de Sirk est d'une telle sûreté qu'il rend son propos indiscutable. Il a une qualité, qualité au propre extraordinaire, qui est de peindre les choses de la vie avec tant de respect, par petites touches si radieuses, qu'il leur confère une importantce, une ampleur, une solennité qui nous les fait regarder avec une considération inattendue. Mais il sait aussi prendre de la hauteur, et sans avoir l'air d'y toucher, insister quand il le faut, par exemple en nous montrant par trois fois la petite ville depuis le haut du clocher de l'église, ville miniature, ville minuscule, avec sa place gazonnée autour de laquelle passants, voitures et maisons semblent tourner en rond, saison après saison, dans un mouvement perpétuel... N'est-ce pas toute une localité qui, dans une ivresse autosatisfaite, tourne autour d'elle-même comme autour de son propre nombril ?
"Tout ce que le ciel permet" est de ces oeuvres dont on pourrait ne plus s'arrêter de parler, tant on y découvre de choses au fur et à mesure qu'on en parle, mais les autres commentateurs ont déjà dit l'essentiel, et fort bien. Je m'arrête donc, me contentant de souligner l'exemplaire sobriété du jeu de Jane Wyman et Rock Hudson, en adéquation parfaite avec la force intérieure de leur personnage.
Un bonheur cinématographique à l'état pur !