Il est ainsi des films pour lesquels on hésite, on s'interroge et donc pour lesquels on cherche des avis. Celui-ci en faisait partie. Le seul commentaire publié à ce moment laissait beaucoup de place à l'interprétation. J'y ai sans doute lu ce que je voulais y trouver et donc, je me suis laissé tenter.
Film intimiste avec trois acteurs principaux et peu de seconds rôles. Film sans habillage musical (excepté une chanson que l'on entend durant le générique et l'une ou l'autre scène). L'action se passe principalement en intérieur, ce qui n'exclut pas quelques scènes plus aérées, comme celle du séjour de vacances dans un endroit au charme campagnard très rafraîchissant. Film assez confiné somme toute.
L'histoire est celle toute simple d'un couple vivant consécutivement à Paris et à Vienne (elle est autrichienne et il est français). Plusieurs époques aussi avec des avances rapides après des moments importants. Une histoire de difficulté à se trouver ensemble au même point d'une vie amoureuse qui devrait (idéalement) être commune.
Tout commence à Vienne. Victor, écrivain raté, lecteur (pour une firme d'édition) peu passionné, père aimant, mari moins attentif va se trouver confronté à un désoeuvrement qu'il voudra estomper en s'évadant vers des paradis artificiels. Annette, désireuse de l'intégrer à une vie plus sociale, plus active, amoureuse de cet homme qui change, et qu'elle voudrait ramener... Et enfin, leur fille Pamela, auprès de qui ils se retrouvent.
De crise en crise, ils vont changer de pays, croyant sans doute qu'ailleurs l'herbe sera plus verte. Et un jour, plus rien n'ira. Patience épuisée, visibilité nulle sur un demain de plus en plus improbable. Et surtout, une impossibilité d'encore pardonner à l'autre... Suite à l'écran.
Le rythme est lent, mais cela ne dérange pas. Il faut du temps pour vivre les moments, beaux et moins beaux, qui font notre vie. Et ici, c'est ce qui est raconté : la vie d'un couple. Les acteurs sont convaincants dans leur registre : le mari (Paul Blain) à la dérive et déconnecté affichant une mollesse de circonstance et un côté creux parfait. L'épouse (Marie-Christine Friedrich) : désabusée, prête à croire les promesses, blessée mais peu capable de se passer de l'homme qu'elle aime, mais en proie à des doutes qui deviennent envahissants. La fille dans sa période de grande adolescente (Constance Rousseau visible sur la photo) : parfaite dans la douceur affichée, cette douceur qui peut endormir les manques, cette sorte de tranquillité qui suit un combat terminé... Cette jeune actrice est d'une présence phénoménale, tout simplement.
Alors, trois étoiles seulement ? Oui, parce que lorsque l'on raconte l'histoire de quelqu'un, on la raconte sans laisser de blancs sur les moments essentiels. Les moments de crise sont par exemple suivis de sauts dans le temps durant lesquels on ne peut pas suivre les personnages. Or, c'est sans doute ce qui est le plus intéressant : voir comment la crise (qui veut dire changement) nous transforme, est vraiment révélateur. La fin est encore plus frustrante. Les interprétations sont possibles, mais on ne peut inventer la vie des autres. On la raconte jusqu'au bout. Il est évident que si le récit était initiatique ou plus philosophique avec des personnages ne servant que de mise en images des idées, on pourrait (ou devrait) laisser libre cours à l'imagination du spectateur quant à l'issue. Mais pas ici !
Mention spéciale tout de même pour le boîtier très soigné en carton glacé, ainsi que pour le livret émaillé de photos et reprenant des entretiens avec la réalisatrice.
Le mot « Fin » est arrivé alors que je me disais « Non, pas maintenant... ». Une impression de manque demeure, mais certainement pas un sentiment de mauvaise réalisation ou de travail bâclé. Il vaut mieux faire envie que pitié, dit-on.
J'ai aimé les pages de cette histoire, même si elles tournaient lentement. Mais il en manquait une selon moi : la dernière. Peut-être chacun de nous doit-il l'écrire.
Singulier, car dès lors cette histoire sans fin devient une histoire sans fins.