Tiqqun, pour rappel ou information, était (ou est) une revue anarchiste, autonomiste. Deux numéros sont parus en 1999 et 2001. Tous ses textes sont librement téléchargeables, et une part d'entre-eux a été éditée en livres, notamment à La Fabrique. Cet ouvrage en contient quatre, issus du
numéro 2 de la revue : "Ceci n'est pas un programme", "Échographie d'une puissance", "L'hypothèse cybernétique" et "Thèses sur la communauté terrible".
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"Ceci n'est pas un programme" décrit bien ce qui est abordé trop brièvement dans la seconde partie de "
L'insurrection qui vient", proposant une analyse assez pointue des méthodes insurrectionnelles à adopter et des mesures contre-insurrectionnelles mises en pratique par l'Empire. Pour cela, il prend appui sur les années de plomb en Italie, ou, dans une moindre mesure, la guérilla anti-coloniale d'Alger. Ceci dans un langage assez accessible, une qualité qui n'est pas négligeable et rare dans ces ouvrages. En cela il est très intéressant.
Ces analyses éclairent certains aspects de ce qu'est devenue notre vie quotidienne, telle la quasi permanence des plans vigi-pirates !
Suivent une déconstruction des théories de Toni Negri et des réflexions sur le travail, l'« usinage du citoyen ».
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Le deuxième texte aborde la question du féminisme « extatique », qui « cherche à sortir de son combat pour contaminer le reste, [qui] sape la base même qui l'origine : l'identité socialement constituée d'hommes et de femmes, la fiction universaliste de l'humain. » (p. 165) Un féminisme pour les femmes qui ne veulent être ni des « femmes » (donc du rôle qu'"on" leur assigne) ni des « femmes qui [veulent] être des hommes ». (p. 194) « La proposition politique du féminisme extatique concerne les rapports entre les êtres, et pas seulement entre les sexes. » (p. 200) Enfin, une citation qui place ce féminisme au sein de la démarche de Tiqqun : « La seule sortie honorable d'un état de minorité n'est pas l'obtention de la reconnaissance, de la part de ce qui domine, que le rapport de force a changé, mais la déconstruction du mécanisme de la reconnaissance lui-même et de l'idée de victoire. » (p. 195)
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Le troisième texte s'intitule "L"hypothèse cybernétique", « qui progresse indistinctement comme théorie et comme technologie, l'une certifiant toujours l'autre. » (p. 244)
Quelques citations pour en cerner le contenu :
« Il ne s'agit plus d'arracher le sujet à des liens traditionnels extérieurs comme l'avait commandé l'hypothèse libérale mais de reconstruire du lien social en privant le sujet de toute substance. Il faut que chacun devienne une enveloppe sans chair, le meilleur conducteur possible de la communication sociale ». (p. 251)
« La cybernétique vise [...] à inquiéter et à contrôler dans le même mouvement. » (p. 257)
Au sein du capitalisme cybernétique, « le centre de gravité de la valorisation », de la sphère de la production, « se déplace du côté de la sphère de la circulation. À défaut de pouvoir renforcer les conditions d'exploitation, ce qui entraînerait une crise de la consommation, l'accumulation capitaliste pourra néanmoins se poursuivre à condition que s'accélère le cycle production-consommation, c'est-à-dire que s'accélère aussi bien le processus de production que la circulation marchande. Ce qui a été perdu au niveau statique de l'économie pourra être compensé au niveau dynamique. La logique de flux dominera la logique du produit fini. La vitesse primera sur la quantité, en tant que facteur de richesse. » (p. 261-262) Où il est à nouveau question des dispositifs, sujet abordé dans "
Contributions à la guerre en cours".
« S'attaquer à l'hypothèse cybernétique [...], ce n'est pas la critiquer et lui opposer une vision concurrente du monde social mais expérimenter à côté d'elle, effectuer d'autres protocoles, les créer de toutes pièces et en jouir. » (p. 301)
Ce texte évolue vers un mode d'emploi insurrectionnel, d'une guérilla bien menée. Il constitue lui aussi un complément pratique à la seconde partie de "L'insurrection qui vient".
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Enfin, le quatrième texte, "Thèses sur la communauté terrible", s'attache à décrire tous les problèmes de fonctionnement interne des communautés, non seulement la reproduction de fonctionnements venus de l'extérieur, la place de l'individu, mais aussi les emprisonnements qu'elles constituent.
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À noter, pour expliciter davantage le titre de l'ouvrage, que, dans la postface de "
Théorie du Bloom", le communisme est décrit comme « une disposition éthique. Une disposition à se laisser affecter au contact des êtres, par ce qui nous est commun. Une disposition à partager ce qui est commun. »
(Krik, amazon.fr, 25/11/11)