Présentation de l'éditeur
À l'écart des sentiers battus, Dominique a décidé de présenter ses nouvelles chansons seul sur scène, dans le cadre d'une mini-tournée qui précédera la sortie de Auguri. Dans l'esprit des débuts, quand son «a.» s'écrivait encore en minuscule et qu'il se retrouvait livré à lui-même, libre d'adapter son répertoire aux réactions d'un public immédiatement séduit par son sens de la répartie et de l'improvisation. Dix ans après la sortie de son premier album, Dominique A. a toujours soif d'adrénaline et d'imprévu : on n'en attendait pas moins de ce franc-tireur définitivement fâché avec toute forme d'orthodoxie et qui, s'il est aujourd'hui content de s'entendre chanter, à décider de le crier haut et fort. Grand bien lui fasse.
Ce projet de recueil collectif a été suscité par la rencontre dun de nos auteurs, Arnaud Cathrine, avec le chanteur Dominique A. Grand lecteur de littérature française contemporaine, Dominique A. a souhaité réunir autour de lui 16 auteurs quil affectionne particulièrement. Il leur à proposer décrire une nouvelle à partir dune des 16 chansons de son prochain album. Ils ont tous répondu à lappel avec plaisir, quelque soit leur éditeur dorigine (Stock, Serpent à plumes, Pauvert
et bien sûr Minuit et LOlivier). Le livre sintitulera donc Tout sera comme avant et sortira au même moment que lalbum du même nom de Dominique A (Labels, Virgin). Chaque nouvelle sera précédée de la chanson écrite à la main du chanteur, en regard du texte qui laura inspiré.
Rebond essentiel de ce projet atypique, le livre sera accompagné dun CD comportant 3 titres inédits de lalbum (bonus tracks) et une chanson originale, sorte de cut up des bribes des 16 nouvelles quil mettra en musique.
Dans lesprit douverture de cette collection (à la musique de façon de plus en plus cohérente), nous avons accepté avec enthousiasme ce projet du fait de limage forte et de lunivers très singulier du chanteur Dominique A. dans la chanson française contemporaine: exigence des textes et des compositions, rapport au public et à la scène très ouvert (il a participé deux fois aux lectures des « Correspondances de Manosque », bientôt il lira à Bron et donnera un concert au festival « Lire à Bron »
). Cétait aussi loccasion daccueillir pour un titre des écrivains que nous lisons ailleurs.
« Pour reprendre lexpression dun romancier connu, jai une ardoise. De limpayé. Avec le temps, les chansons qui sadditionnent, ça ne sest pas arrangé. Jai pioché, toujours plus, dans romans et nouvelles, des phrases, des thèmes, pour mettre des chansons sur les rails. Et lardoise de sallonger.
Loin de lalléger, le présent recueil est né de lenvie, à peine mâtinée de mauvaise conscience, du sentiment de pousser un peu le bouchon, dinverser la manuvre, en faisant réagir à mon tour des auteurs français que jaffectionne, sur la foi de mots lancés comme bouteilles à Neptune : des titres, identiques à ceux de chansons écrites pour un disque, intitulé, lui aussi, «Tout sera comme avant». À chaque auteur, un titre, attribué aléatoirement, et sans écoute préalable de la chanson sy rapportant, ni connaissance de son sujet ; au bout du chemin, un faux-jumeau, un double littéraire du disque homonyme, aussi lié quindépendant de lui, les voies de lun et de lautre se croisant et se décroisant au gré des ressemblances et dissemblances.
Il était dit que certaines chansons seraient sacrifiées, écartées du disque par lassitude, désaffection. Il ny en eut finalement quune, «Le dernier couché», doù sa présence ici, sous les pages, en réponse au texte de Bruno Gibert. Sous les pages encore, des bouts de musique tirés du dessous des chansons, de sous la voix, et «Tout nest plus comme avant», cut up musical de phrases issues de chacun des textes de ce recueil, écho-miroir déformant du morceau-titre, pour boucler la boucle, mettre un terme à ce petit jeu, qui nétait surtout pas motivé par lidée de souligner des liens improbables entre chanson et littérature ; lune et lautre nont en effet pas souvent gagné à faire frotti-frotta ensemble.
Non, derrière tout ça, une bête question : quest-ce qui déclenche «leur» écriture, cette musique interne que le silence neffraie pas, et le culot décrire ?
Je nai bien sûr pas pensé que tirer les ficelles au début me permettraient dy voir plus clair. Les ficelles mont bien entendu vite glissé des doigts, et je ny comprends toujours pas grand chose, moi qui écris avec lidée du son des mots avant celle de leur résonance. Cest ainsi que je vois ma dette encore grossir sans que jen sache davantage sur mon créancier, à supposer quon puisse devoir quelque chose à une énigme, quon ne tient au fond pas à résoudre. »
Dominique A