Tout Seul, tel est le nom de cet homme défiguré qui vit depuis des décennies seul, reclus dans un phare, ravitaillé par un marin pêcheur bourru. Les planches en grande partie muettes, en noir et blanc, très réalistes, prennent le temps de planter le décor de cette ultra solitude, quasi carcérale: une vague, un vol de mouette etc... sont détaillés comme un story-board de ciné: gros plan, changement d'angle, travelling. Il faut patienter pour parvenir au c½ur de la vie de ce mystérieux freak qui survit par le seul pouvoir des mots: choisissant au hasard une définition dans un vieux dico, Tout Seul se les représente mentalement au premier degré, les intègre à son environnement limité et Chabouté illustre très poétiquement cet imaginaire. Bref, c'est un essai sur la solitude et sur ses échappatoires, très chiadé mais dont l'esthétique aussi neurasthénique qu'un reportage de Thalassa m"a laissé un peu froid. Un bon roman graphique malgré tout.