Vincent est trader alors que son frère aîné Arno est écrivain. Le premier vit dans le luxe et la luxure alors que le second mène une vie bien plus spartiate. Ces deux hommes ont coupé les ponts depuis que, quelques années plus tôt, Arno a dévoilé la vie dissolue de son cadet dans un roman. Mais l'état de santé de leur père va subitement les obliger à se confronter. Des émotions referont surface et des liens se recréeront. Deux mondes vont se heurter tout à coup devant nos yeux. Deux mondes dans lesquels l'argent, contrairement à la douleur, n'a pas forcément la même valeur.
C'est le premier roman de Karine Tuil que je lis et je n'ai pas été déçue ! Le style est classieux, la psychologie des personnages est bien sentie. En outre, on sent une jubilation (communicative) lorsque l'auteure nous dépeint la vie grotesque et surfaite de Vincent. Quel bel exemple de roman s'amusant de l'autofiction !
Mais n'allez pas croire que Tout sur mon frère est une farce ! Loin de là ! On rencontre deux hommes en souffrance enfermés dans une famille qu'ils n'ont choisie ni l'un ni l'autre. Vincent, malgré ses tares, sa misogynie et son égocentrisme exacerbé se métamorphose presque naturellement en victime torturée par un manque d'amour, de liberté et de naturel. Lorsque dans la seconde partie du roman il lâche : « j'arrachais les cordes avec lesquelles ils m'avaient bridé, sage et soumis, au nom de RIEN. Rien ne justifiait les brimades, les filatures, et ces tentatives d'extirper de force l'amour que je leur refusais comme on extorque des aveux sous la torture », on ne peut que d'une part constater la douleur s'émanant du personnage et d'autre part, louer le style de Karine Tuil.