Deuxième volet d'une trilogie "giallo" réalisée par Sergio Martino en 1971-72. Après
Les vices etranges de miss Wardh, le réalisateur retrouve ainsi ses acteurs de l'opus précédent, le film ici traité ne constituant nullement une suite mais un tout autre scénario (alambiqué comme il se doit, et signé par le stakhanoviste de la série B transalpine Ernesto Gastaldi). Défilent ainsi l'Uruguayen George Hilton, le colosse aux yeux perçants Ivan Rassimov, et la bomba latina Edwige Fenech, dont le physique irréprochable a de quoi alimenter bien des fantasmes. Je ne saurai trop vous enjoindre d'aller zieuter des photos de la belle sur la toile, la dame alignant depuis quatre bonnes décennies les rôles déshabillés au gré d' une impressionnante filmographie "bis", devenant même la reine de la sexy-comédie à l'italienne, sinistre série de films ayant eu le malheur de rencontrer le succès commercial. Pas mal des films dans lesquels elle figure sont disponibles en DVD, parfois en dépit de tout bon sens. Fenech se met à poil pour notre plus grand bonheur dans
Samoa, reine de la jungle : l'esclave de l'orient de Riccardo Freda,
Nue pour l'assassin (c'est plus pratique pour lui, merci) de Tonino Valerii, tourne bien des têtes dans les affligeants
La flic à la police des moeurs / La flic chez les poulets,
La prof du bahut / La prof à la plage,
L'infirmière de nuit / L'infirmière du régiment, mais aussi
Je suis photogénique (1980) de Dino Risi,
Phantom Of Death [Import anglais] (sorti en vidéo chez nous sous le titre LE TUEUR DE LA PLEINE LUNE) de Ruggero Deodato avec Donald Pleasence. Enfin, dans
L'homme aux nerfs d'acier elle croise la route de Jean Rochefort et Lee Van cleef! Liste non exhaustive, vous vous en doutez. Autrement dit, de quoi agrémenter vos soirées en hallucinations de toutes sortes, et surtout de qualité variable... mais reprenons nos esprits.
Cette "trilogie du vice", donc, se terminera avec TON VICE EST UNE CHAMBRE CLOSE DONT MOI SEUL AI LA CLE (quel titre!), n'ayant pas eu, contrairement à ses précécesseurs, les honneurs d'une édition DVD. Espérons que celle-ci finisse par voir le jour, car ces films sont parmi les meilleurs représentants d'un genre typique du cinéma populaire italien de ces années-là, Mario Bava donnant le coup d'envoi "officiel" en 1964 avec SIX FEMMES POUR L'ASSASSIN. Alors, justement, le "giallo" qu'es aco? A l'origine le terme (qui veut simplement dire "jaune") désignait des romans policiers populaires à couverture jaune. Le terme s'est appliqué par la suite à des films mélangeant enquête criminelle, horreur et érotisme et dont la constante semblait être la présence d'un mystérieux tueur au couteau dont l'identité n'était révélée qu'à la fin. L'esthétique est proche du roman-photo, les films se distinguant par une image très travaillée, aux couleurs vives et aux décors baroques, et dont les mouvements de caméra inventifs influenceront le cinéma d'horreur américain moderne (à commencer par LA NUIT DES MASQUES de John Carpenter). Un exemple célèbre en est
L'oiseau au plumage de cristal de Dario Argento, qui poussa cette esthétique très particulière dans ses derniers retranchements avec, dans un premier temps et dans ces années-là, sa "trilogie animalière", qui outre L'OISEAU déjà cité, se compose de QUATRE MOUCHES DE VELOURS GRIS et du CHAT A NEUF QUEUES. Il ira encore plus loin par la suite (SUSPIRIA, INFERNO, TENEBRES...) mais ceci est une autre histoire.
TOUTES LES COULEURS DU VICE est donc une sorte de long cauchemar éveillé pour notre protagoniste. Est-elle folle, ou victime d'un ignoble complot impliquant sa soeur, son mari, son psychiatre ainsi qu'une épouvantable secte au sein de laquelle officie un étranger silencieux qui semble la suivre partout? Ne comptez pas sur moi pour vous le dire. Le film est représentatif du genre, dont il a toutes les caractéristiques, à commencer par une solide réalisation (en Angleterre) qui sait dès les premiers plans nous plonger dans une ambiance à la fois ouatée et menaçante. La musique est de Bruno Nicolai, alors bras droit d'Ennio Morricone, et qui livre dans un style à la fois proche et différent du maestro une partition de jazz psychédélique du plus bel effet. Parmi les acteurs on reconnaît aussi Alan Collins (un pseudo, car le bonhomme est italien et se nomme Luciano Pigozzi, comme vous et moi) vu dans nombre de westerns made in Cinecittà. Le film tourne entièrement autour de la Fenech, qui illumine l'écran de sa beauté inquiète.
L'édition est exemplaire et rend justice au métrage. Nous sont ainsi octroyés une introduction (en espagnol!) par George Hilton, acteur principal du film dans le rôle du mari, ainsi qu'un entretien avec lui d'une vingtaine de minutes, à quoi il faut ajouter les bandes-annonces italiennes et américaines et un diaporama. Le format du film est respecté (beau panoramique) et la version est « rigoureusement intégrale » (je cite la jaquette). Jaquette de toute beauté, de couleur jaune et noire comme de bien entendu, stylée à l'image du contenu, avec tous les détails techniques nécessaires au cinéphile qui se respecte. Cartonnée, elle s'ouvre en donnant à voir les affiches française, italienne et espagnoles du film - toutes différentes et graphiquement intéressantes, de même que des extraits des pages de CINESCANDALE (ça ne s'invente pas), publication Française en roman-photo reprenant le scénario et les photogrammes du film (mais en noir et blanc, alors que le film, lui, est en couleurs). Superbe documentation et agréable mise en bouche, on en prend plein les mirettes avant même d'insérer le disque dans le lecteur.
A noter le beau titre donné au film pour sa sortie anglaise : ALL THE COLORS OF THE DARK.
Cinq étoiles, même s'il ne s'agit pas, vous vous en doutez, d'un fleuron de l'art cinématographique. Dans le genre, on ne fait guère mieux, et le soin apporté à cette édition mérite toutes les louanges. Ce compliment s'étend aux autres « gialli » édités au compte-gouttes depuis quelques années par Neo Publishing, remplis de compléments adéquats donnant la parole à tous ceux qui, scénaristes, producteurs, acteurs ou réalisateurs, ont participé à cette aventure du cinéma populaire des années 70, et qui confirme que le cinéma italien de cette époque, du plus commercial au plus ambitieux, recèle décidément bien des pépites.