Février 1959 : en concert au Town Hall de New-York, Thelonious Monk se produit en quartet et pour la première fois en tentet. Première aussi pour Charlie Rouse, son nouveau saxophoniste ténor, qui inaugure sa longue carrière de dix ans au côté de Monk. Malgré quelques maladresses de mise en place, le concert fit sensation, s'agissant d'un jazzman encore méconnu du grand public et sous-estimé par une partie de la critique de l'époque. Les superbes arrangements de Hal Overton pour le big band sont pour beaucoup dans ce succès, ainsi que la prise de son stéréo très aérée de Ray Fowler. Mais c'est avant tout la merveilleuse musique composée par Monk qui entraîne l'adhésion.
Dès sa première apparition, dans "In walked Bud", Rouse affirme avec autorité ses qualités : rondeur du son, netteté du phrasé, fidélité au thème malgré la longueur de son solo. Après un "Blue Monk" assez sage, "Rhythm-a-ning" est pris à un tempo rapide, avec un solo de piano percutant à souhait. Malheureusement la balance n'était pas encore parfaitement réglée, et la section rythmique est trop en retrait, d'où un solo de basse peu audible.
Arrive le tentet, qui ne rate pas son entrée : l’exposition du thème de "Monk’s mood" au piano est parfaite, avec un tempo idéal, des silences et des notes tenues superbes, et l’entrée des cuivres est somptueuse. Suit "Friday the 13th", thème minuscule, sans modulations, répété de façon quasi hypnotique, mais qui donne quand même lieu à de bons soli.
"Little Rootie Tootie", peut-être le "clou" de la soirée, avec de beaux tutti de cuivres, fera l'objet d'un bis qui contient un solo de trompette nettement meilleur que dans la première prise. Avec "Off minor", la tension retombe un peu, mais "Thelonious", thème sur une note répétée qui ne se prête guère au développement, offre un très bon solo de piano rythmique, sur un tempo vif. Enfin, "Crepuscule with Nellie", un des morceaux de jazz les plus magiques jamais composés, est présenté ici dans une version mémorable, la plus belle de toute la discographie de Monk.