Après la sortie de son premier album éponyme (1998), System Of A Down a tourné intensivement et enregistré plusieurs titres pour diverses compilations, se faisant ainsi connaître et rodant son metal débridé. Avec le très attendu
Toxicity, qui paraît en 2001, le groupe livre son tout meilleur album. Un disque jubilatoire, dont les chansons, comme les manèges d’une fête foraine, jouent d'émotions diverses. Par rapport à son prédécesseur, l’album laisse davantage cours à la mélodie et les compositions sont enrichies de diverses ornementations : chœurs punk (les « hey ! » ponctuant le refrain de
« Needles »), claviers, instruments traditionnels arméniens (
« Deer Dance »), harmonies vocales. Quant à la section rythmique formée par le duo Dolmayan (batterie) / Odadjian (basse), elle brille de sa parfaite précision. Autour d’elle, peut se déployer toute la fantaisie des compositions que souvent elle semble initier. Souvent inspirée de sonorités orientales (
« Jet Pilot », notamment), elle jette un pont inattendu entre musique traditionnelle et metal.
Des saccades brutales ouvrant
« Prison Song » jusqu’à la conclusion mélodique (
« Aerials »),
Toxicity est un disque impeccable. Parcouru de décharges de hardcore déglingué tels que
« Bounce »,
« X » ou
« Shimmy » (moins de deux minutes chacun), qui ont quelque chose d’un Zappa passé à la moulinette d’un metal amphétaminé, il contient aussi des titres plus nuancés. A l’image de morceaux comme
« ATWA » ou
« Aerials », qui combinent merveilleusement lourdeur, délicatesse mélodique et envols lyriques. La musique de System Of A Down est expressive parce que théâtrale, par ses variations rythmiques, ses riffs tour à tour féroces ou farfelus, ses ornementations sonores, son chanteur délirant. Serj Tankian a d’ailleurs tout d’un grand chanteur de rock, à la fois interprète et acteur (ou conteur), incarnant divers rôles : rhéteur, fou furieux, militant, grand gamin, etc. Quant aux paroles, bien sûr, le propos politique n’est pas de toute nuance, mais un album de rock n’est pas un essai politique et Tankian n’est pas Noam Chomsky. Si elles n’ont rien de poétique (sauf à considérer l'amphigouris comme de la poésie), les paroles de System Of A Down ont cependant quelque chose d’unique, sorte de collages de slogans (avec ses refrains martelés), de tracts militants (comme sur le frappant
« Prison Song », dont le texte assène des vérités crues sur le système carcéral américain et le lien entre commerce de la drogue et financement de dictatures par les Etats-Unis), d’images littéraires confuses, etc. Et, quoi qu’on en dise, le discours du groupe dénote au sein d'une scène metal américaine dominée par des groupes dépolitisés. Avec ce deuxième album, porté par les brillants singles
« Chop Suey ! » et
« Toxicity », System Of A Down sort l’un des meilleurs disques de rock de l’année 2001. Un disque qui rappelle un peu
Chaos A.D. (1993) ou
Roots (1996) de Sepultura, tant par la parenté expérimentale (métissage de metal et de musique traditionnelle) que par son importance dans le metal. Ce n’est pas un hasard si
Toxicity sera par la suite « multi-platiné ».
Mikaël Faujour - Copyright 2012 Music Story