Sans doute fatigué de n'être considéré que pour son improbable ressemblance avec les Stones, c'est en 1975 qu'Aerosmith décide d'alimenter la chronique rock avec un album dont les arguments font encore références aujourd'hui : Toys in the Attic. Synthétisant tout ce que l'Aero produira dans les années à venir, Toys transpire un hard rock inventif imprégné de blues de la plus belle facture. Après deux albums ayant reçu un accueil mitigé du public, celui-ci démontre une fois pour toute que les Duponts Volants ne sont pas de vulgaires clones, mais bien un groupe à l'identité affirmée.
Si pour certains, le hard rock se limite à une exécution plutôt formatée des poncifs du genre, Aerosmith signe et confirme en se démarquant une fois de plus des clichés habituels. Avec un seul titre, l'intemporel Walk This Way, le groupe de Boston s'installe immédiatement en tête d'affiche du paysage rock. L'effet de surprise est total pour les fans de la première heure, le cadeau inespéré. Car non content de nous livrer un hit magistral, la bande à Steven Tyler impose au travers de 9 titres, un style, une griffe, qui aujourd'hui encore ne souffle aucune faiblesse.
Sans oublier de souligner l'excellent travail de production de Jack Douglas, rappelons que le succès de cet album ne s'arrête pas à un seul titre, mais repose sur la richesse de compositions toutes plus accrocheuses les unes que les autres. Saupoudré de fragrances orientales, de section cuivre et autres jazz influences, Toys in The Attic explore tous les horizons du rock. Jouant habilement des coudes, la basse de Tom Hamilton riff de toute sa classe là où les cordes de Joe Perry donne la leçon. Là où d'autres auraient joué de prudence, l'Aero multiplie les contrastes, se joue des différentes couleurs musicales et soigne son rock d'orchestrations subtiles. Aerosmith a du talent.
Malheureusement, le talent ne protège pas des excès. Alors que, l'année suivante, l'album Rocks confirme puissance 10 un succès mérité, le groupe a déjà mis la musique au second plan et se préoccupe plus particulièrement de paradis artificiels. Fin 1979, le divorce est consommé et Joe Perry quitte le groupe pour créer sa propre formation, le Joe Perry Project... Une décennie plus tard, grâce à l'initiative du groupe de rap Run Dmc, c'est pourtant le groupe original qui renouera avec le succès. Mais cela, c'est une autre histoire...