Ce genre d'album, on appelle cela faire les fonds de tiroir. Ce qui n'est pas assez bon pour être commercialisé, on le laisse de côté, et quand l'inspiration se fait attendre, pressé par une maison de disque, on sort une quinzaine d'inédits.
Sauf qu'ici, on a affaire à Bruce Springsteen. Donc non seulement ce n'est pas quinze, mais soixante six chansons qui nous arrivent en pleine poire, mais en plus, ce n'est (pratiquement) que de l'excellent, à se demander comment au moins la moitié de ces titres ne furent pas sélectionnés en leur temps !
CD1 : période 1972-76, période soul, longs morceaux, arrangements avec cuivres, dont on avait quelques titres ici et là sur des bootlegs, ou des versions acoustiques de chansons de GREETINGS. Parmi les must de cette galette, le speedé, trépidant et renversant « So young and in love », le ténébreux « Ice man »...
CD 2 : 1977-82, grandiose, le style Springsteen, carré, sans fioriture, sec, avec des « Restless night » , des « Dollhouse » et autre « Living in the edge of the world », qui sont des modèles du genre. Imparable.
CD3 : 1983-85, l'année de BORN IN THE USA, et encore des pelletées de chansons fabuleuses « This hard land » (une de ses plus belles créations), le très rigolo et parodique « TV movie », l'intense « Rockaway this days », le lyrique « Brothers under the bridge », et le tout simple « Car wash » chef d'aeuvre de 2'30.
Enfin, le CD4, période hors E Street Band, synthé à gogo, donc il est vrai moins intéressant, hormis le reggae « Part man part monkey ».
Généreux le monsieur, mais talentueux surtout. Quel beau coffret, avec les textes imprimés. Magnifique complément aux albums officiels, où l'on entend un Springsteen qui explore des voies différentes, plus blues, ou jazzy, des morceaux plus longs, dont on peut comprendre qu'ils ne correspondaient pas aux albums de l'époque. Sur la soixante de titres présents, on compte au moins dix chef d'oeuvre. Il était temps de leur faire prendre l'air !
Dites, M'sieur, vous en avez encore beaucoup des comme ça ?