Après un premier volume avec Christophe Rousset consacré aux héroines des tragédies lyriques françaises superbement réalisé, puis un second tout aussi réussi consacré au XIXe siècle naissant, Véronique Gens et Christophe Rousset se retrouvent pour le troisième volume de la série, intitulé comme il se doit Tragédiennes 3.
Le tandem apparement fusionnel franchit allégrement la frontière des siècles et des tessitures puisque le programme annonce aussi bien Méhul et Gluck que Saint-Saëns, Meyerbeer, Verdi, Massenet, Berlioz et que Véronique Gens, soprano, interprètera certes l'air d'Elisabeth dans Don Carlos (« Toi qui sus le néant des grandeurs de ce monde ») mais aussi celui de Fides dans Le Prophète (« Ah, mon fils ») et celui d'Hérodiade dans l'opéra du même nom (« Ne me refuse pas) », deux pages écrites pour la tessiture de contralto.
Et c'est bien là le charme de cet album, une variété exceptionnelle qui puise aux trésors du répertoire du grand opéra français malheureusement souvent relégué derrière le bel canto.
C'est aussi l'occasion pour l'orchestre des Talens lyriques de nous faire savourer de sublimes pages instrumentales comme une partie du ballet des "troyens" de Berlioz (les entrées des corps de métiers rendant hommage à Didon), ou l'ouverture éclatante et mozartienne des "Danaïdes" de 1784 d'Antonio Salieri.
Toujours de Salieri un superbe air héroïque d'un opéra méconnu, "Astyanax" de 1801, "ha ces perfides grecs" ou Véronique Gens qui campe Andromaque déploie toute sa fougue et un pathos de désespoir assez unique. L'air qui est magnifique se situe à mi chemin de Gluck et de Gossec.
Très à l'aise et pétillant dans Gluck, l'orchestre des Talens lyrique nous éblouit dans son accompagnement musical de l'air d'Iphigénie en Tauride "cet affreux devoir", prototype de l'art de ce génial poête et mélodiste.
Le point culminant de l'album est sans conteste le poignant récit et air de Didon à la fin de l'opéra des "troyens" de Berlioz", où celle-ci désespéré donne un chant du cygne plein de nostalgie et de désespoir "Adieu fière cité". On peut dire que Véronique Gens ici égale Catherina Antognacci dans la version de Gardiner. La mort de Didon et ses imprécations contre Rome sont parmi les pages les plus célèbres de l'opéra.
Autre magnifique page, l'air d'Hérodiade, de Massenet, somptueux et spectaculaire "Péplum" rempli à ras bord d'airs, de duos, de choeurs et d'ensembles magnifiques. "C'est Jean ne me refuse pas" nous entraine dans une ambiance orientalisante envoutante et subtile.
Réussisant dans tous les styles, pour cloturer le disque on trouve un surprenant détours par Verdi dont il faut se rappeler qu'il composa un de ses plus fameux opéra, en l'occurence ici "Don Carlo" en français. C'est l'air d'Elisabeth de Valois.
Dans cet air Ve acte, « Toi qui sus le néant » les émotions d'Elisabeth fluctuent, ainsi que leur intensité. La musique suit toutes les inflexions de ses paroles, adapte son rythme, ses couleurs, ses thèmes.
Je vous recommande donc ce troisième volume de la série tragédienne, un vraiment très beau voyage dans le temps et les pépites connues et moins connues de l'opéra français, superbement servi par Véronique Gens et des Talens lyriques d'une agilité et d'une osmose avec les oeuvres exceptionnelle.