J'ai peut-être tort, mais le mot « traité » m'a toujours fait penser à un ouvrage dense, pas nécessairement volumineux, mais portant l'ambition d'apparaître comme une nouvelle référence dans une matière donnée. De ce point de vue, l'ouvrage de M. Onfray m'a un peu déçu. Il aurait peut-être du l'appeler « Pour un traité .. » ou « Contribution à un traité.. ». L'auteur se donne trois tâches sur lesquelles bâtir un athéisme post-moderne : déconstruire les trois monothéismes, déconstruire plus particulièrement le christianisme puis déconstruire les théocraties. Si les universitaires français pèchent souvent dans leurs livres par un étalage érudit se traduisant par une multitude de notes pénibles à lire (en pied de page ou en fin de chapitre), Michel Onfray donne ici dans l'opposé : aucune référence bibliographique précise n'orne son propos exceptés quelques renvois aux versets de la bible ou du coran. On voit bien que l'auteur est allé pêcher dans une foule de textes, mais on ne sait pas lesquels. Soyons lui gré cependant d'avoir prévu un chapitre bibliographique intéressant en fin de volume, mais ça ne remplace pas les notes absentes.
Sur le fond, on peut d'abord regretter d'avoir limité le sujet aux seules trois religions monothéistes « classiques ». Nous sommes très loin de l'exhaustivité. Ensuite, il y a quelque chose de gênant. Il est clair aujourd'hui que le pire ennemi de la bigoterie n'est pas le matérialisme philosophique mais le mode de vie néo-libéral qui transforme chaque individu en « monade égoïste », le réduisant à terme à ne plus être qu'un consommateur. En devenant une simple marchandise, la religion n'est plus qu'une coquille vide. A s'allier sans retenue au marché, à la science et au progrès qui l'accompagne, Michel Onfray l'hédoniste peut enfin écraser les religions qui empêchent l'homme de jouir sans entrave, mais il risque fort de nous jeter tous entre les serres du capital financier, bien loin de ce que George Orwell appelait une société décente.
Malgré tous ses manques, les athées liront ce livre avec jubilation.