Dans la vie personnelle de Spinoza, il y a son excommunication de la communauté juive et son ouverture aux idées chrétiennes comme son apprentissage des philosophes antiques. Dans la vie politique de son époque, il y a la liberté politique et les luttes religieuses. S'il est vrai que Spinoza rejette une "autorité unique" ou dogme dans son sens etymologique (politique d'un souverain), philosophique (disciple d'une école) et théologique (fidèle d'une église), il réfute les accusations d'athéisme à son encontre.
Le "Traité théologico-politique" est donc écrit pour se défendre. Fidèle à sa "méthode", rigoureuse et ouverte, claire et didactique, Spinoza propose tout d'abord une exégèse historique des Ecritures qui m'a permis, même en non-spécialiste, d'appréhender bien des aspects intéressants (notamment quant à la traduction des mots d'hébreu, à l'historicité de la composition des textes). Ensuite vient l'étude de la distinction entre la théologie et la philosophie et, même s'il prend soin de distinguer le Dieu des Ecritures, objet d'étude de ce "Traité", de celui de l'infini de la Nature de son "Court Traité", il nous montre que la foi reste une servitude mais dont on peut valablement se contenter si on ne connaît pas la connaissance claire.
Au final, Spinoza illustre à nouveau son "message éthique" : c'est par la connaissance de soi et non par la foi en des symboles présents (extrapolés la plupart du temps) dans les Ecritures que l'homme parvient à la joie éternelle. Précurseur, c'est un livre alerte et concis, très intéressant et accessible.