De la traite et de l'esclavage des noirs est l'aeuvre de l'Abbé Grégoire. Cet ecclésiastique courageux a connu la Révolution Française (où il accepte la décision que le Clergé prêta serment à la Nation), le Premier Empire et la Restauration, ne cessant de se battre pour obtenir l'interdiction de l'esclavage. Publié en 1815, son texte est contemporain de l'interdiction officielle de l'esclavage par Napoléon Ier (pourtant rétabli dès 1802 par lui-même) : une interdiction jamais respectée dans les faits. Il faudra attendre 1848 pour que Victor Schoelcher emporte le morceau.
En attendant, l'Abbé Grégoire fut de ceux qui élevèrent la voix pour réclamer la fin d'une pratique indigne de la France. Son texte a ces accents de colère que l'on reconnaît aux causes justes. Il parle de la voix de stentor de ceux dont la vérité rend insupportable l'intolérable. On regrettera toutefois que cette hargne à vilipender l'hypocrisie des Blancs, leur goût du commerce et leur sens inique de la charité chrétienne ne soit pas appuyée par un plan de texte plus rigoureux - son pamphlet souffrant de répétitions et digressions n'aidant pas toujours à la lecture.
Heureusement, l'introduction par Aimé Césaire apporte un plus non négligeable : le poète martiniquais célèbre l'Abbé Grégoire dans un discours dont la justesse de ton et la sincérité son palpables à chaque lignes. Il résume et synthétise le combat de cet ecclésiastique avec maestria.
Pour la commémoration de l'abolition de l'esclavagisme, les éditions Arléa ont eu raison de produire cet opuscule qui, malgré sa brièveté (66 pages), mérite de trôner dans toute bibliothèque de ceux ayant refusés le joug de la bêtise et de l'ignorance.