Durant un hiatus de sept années, la figure denproue du groupe Death In Vegas, Richard Fearless, s’est partagé entre une initiation new-yorkaise à la photographie et au cinéma,net la menée plus récente d’une trajectoire plus franchement rock’n’roll avec le groupe américain Black Acid. De retour au pays (en l’occurrence, Londres), le compositeur, chanteur et leader d’un combo qui sut frayer avec une improbable synthèse de rock psychédélique, electro, et musique industrielle, repasse donc les plats, grâce à un cinquième album, en éternel retour vers le futur, et en contraste évident avec le minimalisme de son prédécesseur,
Satan’s Circus.
Le disque est intitulé ainsi en hommage – ou référence - à une communauté des années 1960, qui, du côté de Detroit, tenta de proposer un mode de vie farouchement anti-establishment à ses partisans, et dont la bande musicale fut largement interprétée, tout hurlements dehors, par le groupe MC5. Plus suave, Fearless se charge de la majorité des vocaux dans un album auto-produit (le contrat initial du groupe n’ayant naturellement pas résisté à son silence), à l’exception de deux prestations de Katie Stelmanis, chanteuse d’Austra, trio électronique originaire de Toronto. Quelques mesures suffisent pour retrouver la capacité de l’ex-DJ à dénicher sonorités irisées, climats méditatifs ou à forte tension, et harmonies impressionnistes, puisant son inspiration dans les scansions techno, et le sentiment hypnotique qui découle de leurs répétitions.
Mais nous sommes en 2011, et le groupe ne répugne désormais plus à assumer quelques influences plus baroques, d’un krautrock débridé (quelque part entre Neu! et Kraftwerk), à quelques très riches heures empruntées à la très redoutable machine que fut jadis Hawkwind, en particulier dans le titre conclusif,
« Savage Love » (mais on n’omettra une ouverture, intitulée, comme un clin d’œil,
« SilverTime Machine », et riche de hoquets dignes d’un Alan Vega). En onze pièces, la juxtaposition des atmosphères induit in fine une cohérence du chaos parfaitement ambitieuse, et séduisante. Car, en réminiscence de son passé glorieux, le groupe tente encore une fois de touiller dans son chaudron du diable intime toutes les racines jazz, techno, et rock de l’univers, se rappelant au bon souvenir de tous ceux qui le considérèrent jadis comme l’expression la plus perturbée, et perturbante, de la musique électronique britannique.
La bonne nouvelle restant naturellement, pour l’auditeur, que Fearless relève parfaitement la gageure, dans une gestion émérite de ses sonorités troubles, et génère tout du long une musique de l’inconfort, et du déséquilibre permanent, bonnes nouvelles du mort-vivant, et il s’ébroue dans un marais amniotique.
Christian Larrède - Copyright 2012 Music Story