Après avoir vu ce film que j'ai adoré, j'ai imaginé ce qu'aurait pu être l'équivalent français : une bonne tranche de rigolade toute en surface à la "Ch'tis" ou un drame social à la Arte sur la condition des transexuels...
Voilà la force de ce film : il marche sur une ligne délicate sans jamais tomber d'un côté ou de l'autre.
J'ai été vraiment surpris par sa qualité : pas de clichés, pas de sentimentalisme, une histoire qui nous prend tout de suite et pas mal de surprises.
L'héroïne est plongeuse dans une cantine mexicaine, elle est fauchée comme les blés, et pourtant on n'a pas mal : on est comme elle, avec elle, porté par l'espoir de la vie meilleure à venir, celle de l'après-opération.
L'oeil du réalisateur est très subtil, pleins de degrés. Le rapport de Bree à la religion (elle se fait quand même passer pour une assistante sociale chrétienne) est très bien vu, tout comme celui de son fils à la sexualité (l'homosexualité l'obsède). Les deux reposent sur une culpabilité sourde, propre à tous les personnages de ce film...
On est dans un road-movie qui captive instantanément, avec son action, ses rebondissements, et en même temps dans une étude de moeurs qui sonne incroyablement juste.
Et j'allais oublier la comédie: c'est un film drôle, hilarant de bout en bout.
Incompréhensible que Reese Witherspoon ait obtenu l'oscar de la meilleure actrice alors que l'hallucinante Felicity Huffman était nommée la même année. Quant à son fils (Kevin Zegers), il est d'une beauté viscontienne prodigieuse, obsédante.