Ces répliques ont fait le tour du monde francophone.
Le film est tourné par Claude AUTANT-LARA en 1956, sur un texte de Marcel AYME, adapté par Jean AURENCHE et Pierre BOST (Coup de Torchon). On peut donc s'attendre au meilleur.
Le thème est une critique de la société française pendant l'occupation, aux très riches heures du marché noir. La satire est grinçante, féroce.
Selon l'auteur, les Français se seraient partagés en deux catégories : les lâches, sans ressource, misérables, - les fameux « salauds de pauvres », en fait envieux de la deuxième catégorie, les trafiquants, les profiteurs de guerre, les B.O.F., les tenanciers du « Bon Beurre ».
Le seul instant de fraîcheur et d'optimisme est représenté par une jeune fille, idéaliste qui pense avoir affaire à des résistants lorsqu'elle rencontre le duo Gabin - Bourvil, traqué par une patrouille allemande.
On peut pardonner à l'auteur d'avoir forcé le trait. La désillusion et l'amertume étaient des sentiments bien légitimes à l'époque.
En revanche, un élément du film est dérangeant : Grangil (Gabin) a beau jeu de se poser en donneur de leçons et en redresseur de torts. Il appartient à une caste sociale qui le met au-dessus de la mêlée. L'argent ne lui fait pas défaut et il n'est nullement obligé d'accepter des « boulots d'esclave ». Ses relations auprès de l'occupant le mettent à l'abri d'une rafle. Martin (Bourvil) le lui reproche non sans raison.
Sur la forme, le film est un régal. Les dialogues nous offrent un florilège de répliques les plus drôles. Le couple Gabin - Bourvil est inoubliable. De Funès est superbe et la scène du cochon est un moment d'anthologie.
Ce film est devenu - à juste titre - un des grands classiques du cinéma français.
On peut lui donner une suite, avec l'excellent Uranus, d'après Marcel AYME, mis en scène par Claude BERRI, très en forme également.