Le troisième album des Cocteau Twins est généralement considéré comme leur plus abouti, comme l'album réalisant au mieux l'équilibre entre la fraîcheur mélodique pop et les ambiances éthérées et stratosphériques, lesquelles font la marque de fabrique du groupe. Les incantations, les psalmodies, les "miaulements" mystérieux, voire mystiques, de Liz Frazer apparaissent plus percutants et entraînants que jamais, tandis que le nouveau bassiste et claviériste Simon Raymonde distille habilement des atmosphères lourdes et cotonneuses, comme en un rêve langoureux ou, mieux, comme dans cet état transitoire qui nous voit à mi-chemin de la veille et du sommeil. Un disque onirique donc, un disque de rêve, qui nous fraie un chemin dérobé à travers les limbes, nous dévoile des paysages mythologiques (cf. les titres énigmatiques des morceaux), aux accents ésotériques, sans se départir d'une tonalité cérébrale et désincarnée, toute de froideur céleste. Quatre titres au moins se signalent tout particulièrement à l'auditeur par leur étrange beauté : le puissant "Lorelei", l'entraînant "Pandora", l'excellent "Aloysius" et surtout l'extraordinaire "Domino" qui referme de ses rythmes lancinants et douloureux un album à la densité exceptionnelle. Un grand disque des années quatre-vingt, à redécouvrir.