Deuxième album de Genesis, mais souvent considéré comme le premier véritable du groupe, "Trespass" est sans conteste une belle réussite, au charme fragile autant que venimeux, et baignant de bout en bout dans une poésie aussi étrange que magique.
Assez champêtre dans l'ensemble (à l'exception du tout dernier titre, à la violence toute électrique) mais souvent traversé de montées en puissance aussitôt suivies d'accalmies rêveuses, le disque débute de façon saisissante, juste la voix de Peter Gabriel (sur un fond d'orgue assez léger), qui déclame :
"Looking For Someone" !
Un somptueux premier morceau aux climats changeants et aux contrastes très marqués, tout comme le premier de la seconde face du vinyl, "Stagnation"... Les autres, c'est d'abord le dramatique et superbe "White Mountain" et ses doux sifflets du plus bel effet, le radieux "Visions Of Angels" et sa belle introduction au piano, enfin le tendre et mystérieux "Dusk" avant le déchaînement final de "The Knife"...
Autant de pièces magnifiques et élaborées, parcourues par les guitares de Mike Rutherford et d'Anthony Phillips (notamment une subtile 12 cordes acoustique), qui seront d'ailleurs la base de la prolifique carrière solo à venir de ce dernier, la "flûte enchantée" de P. Gabriel, les claviers du symphonique Tony Banks (piano, orgue, mellotron) (avec des combinaisons particulièrement remarquables entre ces divers instruments), une batterie bien dynamique, un triangle délicat comme la rosée du matin, et puis les voix : celle de PG d'abord, théâtrale, intense, captivante, ainsi que des choeurs doux comme l'écho de fantômes dans la brume ou au contraire éclatants comme une vision des anges, au détour d'un bois en rêve...
A posséder obligatoirement en édition "paper sleeve" (ce qui est mon cas, comme nombre d'albums d'ailleurs, en particulier des années 70), ou en vinyl, la pochette extérieure comme intérieure étant vraiment splendide.
Mon album préféré de la période Peter Gabriel, juste avant "Foxtrot" et "Selling England By The Pound".