On se souvient de
Enrico Rava aux côtés de
Steve Lacy (dans
The Forest & the Zoo en 1966) ou encore dans
Disposability une année plus tôt). C'était les années "free", assez téméraires et risquées de la part du jeune trompettiste. Mais depuis le milieu des années 90, le trompettiste italien, tutélaire d'un jazz contemporain de bon aloi, semble revenir à un jazz plus "soft". En tout cas, il nous alignent des albums dignes d'intérêt, notamment sur le label de Manfred Eicher. Sa réputation internationale n'étant plus à faire (même Dave Douglas est devenu l'un de ses plus fidèles admirateurs), Enrico Rava (né en 1939) n'a plus rien à prouver. L'opus
New York Days aux côtés de Mark Turner et Paul Motian avait été une sacrée surprise pour mes esgourdes. Un grand disque. D'ailleurs, je n'avais pas manqué de saluer cet album lors de sa sortie en 2009 (voir mon com sur amazon).
La qualité de "New-York Days" (ECM 2009) confirmait l'attachement du trompettiste à l'expression mélodique et un certain retour au calme, au point que j'avais qualifié l'enregistrement d'album historique, peut-être aussi important que le
Kind of Blue de Miles Davis... Oui, j'avais un peu exagéré, mais quand un album vous marque à ce point... Dans "Tribe", son tout dernier disque paru sur le label prestigieux de Manfred Eicher et que j'ai pu dénicher en me faufilant entre les rayons de ma médiathèque préférée, on est dans la même lignée que le disque précédent, avec toutefois un changement au niveau des musiciens. D'abord, il ne s'agit plus d'un quintette, mais d'un sextette. Et le leadeur s'entoure ici de jeunes loups dont la moyenne d'âge est 25-30 ans... Rava semble avoir trouvé en
Giovanni Guidi un pianiste qui lui convient tout à fait. D'une finesse étonnante, d'un jeu mélodique proche de son prédécesseur (Stefano Bollani), le jeu de Guidi propose effectivement des couleurs très intéressantes, notamment sur "Amnesia", des nuances sur le matériau et une complexité en termes d'accords à proprement parler hallucinant (le trompettiste est tellement sous le charme que sur "Garbage Can Blues", Rava lui laisse toute la place...).
La rythmique est constituée de Gabriele Evangelista à la contrebasse et de Fabrizio Sferra à la batterie (remplaçant respectivement Roberto Gatto et Paul Motian) et un nouveau venu : Gianluca Petrella, tromboniste dont chaque intervention fait monter la tension d'un cran. L'unité, tout comme la cohérence entre les musiciens, ne font ici aucun doute. Alors bien sûr, l'on pourra regretter le répertoire que les amateurs de Rava connaissent très bien (sur les douze pièces, cinq sont déjà présentes dans "Easy Living", et quelques galettes parues chez Soul Note et Label Bleu), mais l'intérêt, on l'aura compris, est d'avoir un quintette carrément inédit, du "sang neuf" comme on dit... Entre bop ("Cornettology") et jazz modal ("Paris Baguette", "Song Tree"), "Tribe" ravira les amateurs de
Miles (premier et second quintette) et d'un jazz, certes sans surprise, mais dont la qualité sonore et instrumentale ne fait jamais défaut. A découvrir.