"Tricks" se propose comme une superposition de petits récits bien écrits décrivant des relations sexuelles fugaces.
Que dire de plus ? Renaud Camus entretenait à l'époque une amitié avec Roland Barthes, qui s'est fendu d'une préface. Bien emmerdé, il cherche, comme à son habitude, à pontifier ; sur un texte qui n'offre nulle matière à la réflexion. Il s'en tire en brodant sur le concept de "trick", m'enfin tout ça est assez limité.
- Il n'y a en effet pas grand chose à dire de "Tricks". La langue est classique, elle ne cherche ni la poésie ni la virtuosité. L'auteur s'en tient à un comportementalisme (pas d'opinions ou si peu, pas d'intériorité, ou seulement exposée par discours rapporté, pas de "délibération", de subjectivité). Ce behaviorisme était-il novateur pour l'époque ? Peut-être bien. Je l'ignore.
- Autre petite originalité : "Tricks" a subi plusieurs rééditions, et le texte a été annoté. C'est un point positif. Les annotations de l'auteur dix ans après "incarnent" les protagonistes de ces plans cul, elles leur donnent une existence autre que purement positionnelle ("les jambes repliées derrière mes coudes, pour que je puisse m'introduire gnagnagna...").
- J'aime les "[Jamais revu.]" qui closent un certain nombre de chapitres, ils me donnent à penser sur la liberté d'une forme d'homosexualité qui fonctionne au "one shot". C'est beau, "jamais revu".
- Le livre a un mince intérêt historique, l'homosexualité des années soixante-dix, bon. Le nom des boîtes, la géographie (la topologie) gay de l'époque, Cap d'Antibes, New York, le sixième arrondissement de Paris. Pourquoi pas.
Finalement, le plus intéressant, dans "Tricks", c'est sa quatrième de couverture. Elle tient en quatre paragraphes bien proportionnés qui reprennent l'avertissement de l'auteur, au début du texte.
Il y écrit un motif qu'on retrouve dans ses excellentes "Chroniques achriennes" et "Notes achriennes" : "Tricks" n'est pas un livre pornographique, puisqu'il relate aussi les débandades et les échecs, et sur le même ton que les exploits. Ce n'est pas un livre érotique, dit Camus, qui cherche à poétiser la réalité de la relation sexuelle. C'est un livre qui dit l'homosexualité en supposant déjà résolue l'hostilité qu'elle subit. Qui la dit "innocemment", précise Camus en reprenant les idées de Tony Duvert.
Ce n'est pas le moindre des mérites de l'auteur que de saluer livre après livre Tony Duvert, d'une façon ou d'une autre.
- Légèrement agaçante est cette façon qu'a l'auteur de se présenter subrepticement sous un jour favorable. Il se met en scène avec sa très grande culture, du genre (je parodie) : "Lorsque Gerardo me parla de son village natal de San-Giaccomo-La-Palomba, je lui fis remarquer que la petite église byzantino-romane du XIIIème siècle qui se situait à l'orée de la Plaza dell'Agnola abritait une huile de Faustinetto représentant la mort de Ptolémée".
A titre personnel, je me sens totalement inculte face à Renaud Camus tel qu'il se dépeint, capable de répondre du tac-au-tac à un de ses plans cul sur les guerres greco-turques des années 1920.
De la même façon, Renaud Camus nous explique qu'il a retrouvé ses notes d'un séminaire de son ami Roland Barthes en écrivant le manuscrit de Tricks. Il ne peut s'empêcher, alors, de citer fièrement ses annotations de disciple. Et d'exhiber les puissantes remarques de Barthes, toujours nulles et non avenues : "J'ai toujours pensé que la discussion sur le temps qu'il fait remplissait la fonction "phatique" définie par la linguistique de Jakobsson".
Préciosités dénuées de toute valeur heuristique, qui fonctionnent plutôt comme un signal sociologique envoyé par l'auteur. Des trucs de gays, quoi.
Pour finir tout de même sur une note positive (finalement, cette critique qui n'attribue que deux étoiles au texte fait l'emporter le positif sur le négatif), un des autres points forts du livre est sans doute son caractère émancipateur, pour l'époque. Il me souvient d'avoir lu dans un des textes de Guillaume Dustan combien "Tricks" avait été important pour lui. Voilà une forme d'homosexualité, très préoccupée de moustaches et de poils, dite.