Après 2 albums, "Rising Force" (1984) et "Marching Out" (1985), entrés dans la légende, Yngwie revient dès l'année suivante (quelle régularité, on ne mettait pas 3, 4 ou 5 ans pour faire des disques dans les années 70 ou 80!) avec ce "Trilogy" à la pochette étrangement réussie si on la compare à tout ce que le grand maître de la guitare a pu nous proposer d'ignoble tout au long de sa carrière.
C'est un album au son plus aseptisé et aux compositions globalement moins rugueuses. Exit Jeff Scott Soto (l'un des meilleurs vocalistes que le maestro ait engagé) et le bassiste Marcel Jacob, les frères Johansson restent derrière leur batterie et leurs claviers, et arrive un petit nouveau dont on n'a pas fini d'entendre parler: Mark Boals au chant. Il possède une voix beaucoup plus claire que son prédecesseur et semble mettre un point d'honneur à monter régulièrement très haut dans les aigus. Son style ne m'a pas immédiatement séduit mais il faut reconnaître qu'il est fort. En tout cas il colle bien au nouveau virage, plus mélodique, légèrement FM d'une partie de l'album. Je dis "d'une partie" car "Trilogy" contient encore quelques brulots bien heavy. J'en veux pour preuve la speed "Liar", la lourde "Dark Ages", ou encore un autre titre au tempo bien enlevé "Fury"...
Au rayon des réussites, on notera la présence du classique "You don't remember, I'll never Forget" imparable hymne, plus "commercial" (je n'aime pas trop ce terme) que ce que le maestro avait composé jusque-là, mais ô combien réussi. L'instrumental qui donne son titre à l'album est également génial, et reste aujourd'hui encore, l'un des meilleurs jamais composé par le gratteux suédois. Dommage alors que l'impact de certaines compositions soit minimisé par une production manquant de puissance, ou que certaines chansons plus anecdotiques fassent leur apparition, comme "Magic Mirror" ou "Queen in Love", je sais, cette dernière est généralement aimée, mais pas par moi :)...
Rien de honteux en tout cas. "Trilogy" fait le pont entre le heavy "Marching Out" et le carrément plus FM "Odyssey" qui sortira en 1988. On y trouve un peu des 2 mondes et quelques compos valant vraiment le détour. Un bon album dans l'ensemble, sur lequel Yngwie fait démonstration de son époustouflante virtuosité (ce n'était pas encore devenu lassant ou saoulant) mais se montre légèrement moins inspiré et convaincant que sur ses deux oeuvres précédentes.
Note: 3,5/5