En 1988 paraissait, en pleines eighties héroïques, électro-pop ou paillettes, un album aussi anachronique que lumineux. The Trinity Session, des Cowboys Junkies, fut comme une révélation. Une fratrie canadienne, Michael et Peter Timmins, avait gravé, dans une église, avec leur soeur Margo aux vocaux, un disque sombre, beau, lent, intensément émouvant, dont le titre phare était une reprise devenue mythique depuis de Sweet Jane (que le grincheux Lou Reed en personne fut le premier à applaudir). Par cette rencontre inattendue mais non moins évidente et naturelle de Hank Williams et du Velvet Underground (avec une cousine de k.d. lang au chant), les Cowboy Junkies signaient là le manifeste d'une country déringardisée, ouvrant la porte pour des milliers d'enfants du rock à un genre musical qu'ils négligeaient ou méprisaient.
Pour commémorer l'événement vingt ans après, les Timmins ont retrouvé le décor magique de l'église d'autrefois pour revisiter, avec des guests de choix (Natalie Merchant, Ryan Adams, Vic Chesnutt), et sous l'oeil de caméras, ce disque fondateur. Le résultat, à l'image comme à l'oreille, est superbe. La maturité acquise par les musiciens a rendu le projet certes moins innocent mais encore plus poignant. La voix, étoffée, de Margo ne craint pas de passer derrière celle toujours sublime de Merchant. Et, si la relecture de Sweet Jane demeure aussi impériale, le sommet est atteint sur un Blue Moon transfiguré grâce, notamment, à l'intervention d'un Vic Chesnutt visiblement transporté par l'environnement (le lieu, les êtres, les chansons). Magique.
Hugo Cassavetti
Telerama n° 3020 - 01 décembre 2007