Une première impression : le sentiment d'avoir mis un pied en terre celte. « Mining For Gold » par la voix chaude de Margo Timmins me donne l'impression d'être dans un pub irlandais où un silence lourd et pesant plombe l'atmosphère enfumé du pub. Le genre de silence qui survient lorsque je vois ma première pinte de Guinness sortir du comptoir, que je m'en lèche déjà les babines, et que je me replis sur moi-même pour honorer cette mousse si belle et si onctueuse. Une bière, cela se respecte - comme la voix de Margo, cet ange du pub.
« Misguided Angel », second titre, me donne l'impression d'être dans un bar poussiéreux du sud texan. Toujours ce silence, cette voix et un harmonica accompagné d'une guitare. De la spiritualité irlando-catholique, je me retrouve au milieu d'une folk-country, santiags aux pieds.
Quand « Blue Moon Revisited (Songs For Elvis) » se ballade sirupeusement dans le juke-box du bar, je me retrouve paumé. Santiags aux pieds, stetson vissé sur la tête, et un harmonica qui pleure sa complainte, « I Don't Get It ». Cela devient magique, intense. Je ne peux que rester silencieux tant je deviens respectueux pour cette voix et ce blues d'outre-tombe. Je ne peux que regarder ma pinte presque pleine, je n'ose y toucher - faut que j'attende le titre suivant... qui s'enchaine d'ailleurs rapidement, les titres sont courts, défilent sur quelques notes de guitare bluesy et d'une basse discrète. « I'm So Lonesome I could Cry » aurait de quoi me sentir seul face à ma pinte, mais justement la solitude me convient très bien, je me sens dans la peau d'un cowboy solitaire au sang irlandais. Drôle de mélange...
Je passe directement au dixième titre (histoire de ne pas vous barber avec mes impressionnantes impressions). Les Velvet Underground et Lou Reed, version Cowboy Junkies et Margo Timmins pour une reprise magnifique de « Sweet Jane ». Une version presque atonique, avec un faux rythme où j'attends un emballement qui ne viendra jamais, à mon grand plaisir, même ; je peux rester dans mon blues, à moins que cela soit celui de Margo qui me fredonne, susurre son « Postcard Blues » entrecoupé d'un harmonica à la pointe aiguisée et stridente. Il est temps de me coucher, de sombrer dans mon sac de couchage avec Morphée et Margo, « Walking After Midnight » douzième et dernier opus de l'album devenu culte pour une poignée de fan, et de rêver doucement, sobrement comme un lendemain de cuite...