A force de lire des romans policiers, on finit par connaître un peu toutes les petites combines des auteurs, leurs petites facilités, et il devient de plus en plus difficile de se faire surprendre. Il y a souvent des problèmes d'intrigue, d'atmosphère ou de conclusion, les trois éléments indispensables à la réalisation d'un très bon roman policier.
Dans ce livre, Karin Slaughter m'a pleinement convaincu de sa capacité à écrire d'excellents romans policiers.
Hormis un petit point sur lequel je reviendrai, on frôle la perfection : une construction sensationnelle (et je pèse mes mots), très intelligente, crédible, des personnages formidables, un suspense de bonne tenue, un style irréprochable. La récit se déroule à travers quatre personnages, et moi qui suis ordinairement peu friand de points de vue multiples, je ne peux que m'incliner devant la fluidité du récit et l'utilité du mode narratif choisi.
C'est un livre dur, très cru par moment, sur un sujet difficile, celui des enfances brisées, sous fond de viols et de meurtres d'adolescentes. Mais ce n'est jamais totalement noir, grâce à de brillants traits d'humour et à un refus rafraichissant de sombrer dans le misérabilisme, grâce à une légère touche de romance. C'est un livre à la frontière entre le thriller et le roman noir. Du côté thriller on garde le meilleur (le suspense, le rythme) et on évite le pire (les retournements de situation invraisemblables). Du côté roman noir on a droit à toute la finesse d'analyse sociologique et à la profondeur psychologique des personnages, sans l'ambiance dépressive qui accompagne trop souvent le genre, ni la déception générée par des intrigues minimalistes.
C'est aussi un livre sur la reconstruction, en cela il apporte un vent de fraicheur et d'optimisme salvateur sans lequel le récit pourrait confiner au glauque et au sordide. J'ai aussi beaucoup aimé la difficulté des personnages à communiquer, leurs handicaps, leurs cicatrices et leur absence de manichéisme.
On juge souvent un roman policier sur sa fin, et je ne gâcherai le plaisir de personne en écrivant qu'elle ne m'a pas déçue.
Je reviens sur la seule petite faille du récit : il a parfois de petites résonances artificielles, liées avant tout à sa construction parfaite, tout les évènements s'enclenchant un peu trop bien. Il faut cependant relativiser : au regard des facilités que s'accordent la plupart des auteurs de thrillers, ce n'est pas grand chose, et après tout c'est un défaut inhérent au genre.
J'avais découvert l'auteur dans le petit récit
Pas de pitié pour Martin, où j'avais déjà pu apprécier son sens de l'humour et la qualité de ses personnages. Triptyque est mon second livre de Karin Slaughter, mais mon petit doigt me dit que ce ne sera pas le dernier. Elle rejoint dans ma bibliothèque le haut du panier, elle pourra y prendre la poussière en compagnie de Dennis Lehane et de Michael Connelly.