On me permettra de ne pas être entièrement d'accord avec les commentaires assez cruels à propos de cette interprétation. "Tristan" est un opéra qu'il est toujours risqué de mettre en scène, et cela pour 2 raisons: d'abord, parce que mettre en scène "Tristan" est une mission quasiment impossible, la musique y jouant un rôle tellement important que le scénario devient, à la limite, inutile; Nietzsche le disait déjà: "Il faut voir "Tristan" en fermant les yeux", et Wagner lui-même, à propos de "Tristan", souhaitait un opéra sans décors et sans acteurs ( à l'exception de la première de l'oeuvre, il n'a jamais trouvé une mise en scène satisfaisante), ensuite parce que les mélomanes, amateurs de Wagner, constituent un public exigeant et conservateur.Il faut se souvenir qu'en 1976 le "Ring" du centenaire de Patrice Chéreau à Bayreuth fut copieusement hué, 4 ans plus tard Boulez et Chéreau eurent droit à plus de 30 minutes d'applaudissements, de même ce "Tristan" fut hué en 2005, et vivement applaudi en 2009. Il faut donc prendre les "Wagnériens" avec des pincettes et faire preuve de patience. Christophe Marthaler a pris ce risque, et on peut lui être reconnaissant de nous avoir libéré des éternels voiliers, marins, forêts sombres et autres châteaux plus ou moins médiévaux qui sont le lot de la plupart des "Tristan". On peut discuter du goût de certains décors, du choix des costumes, il faut lire le texte qui accompagne le Blu-ray pour comprendre qu'il s'agit d'un choix bien déterminé de Marthaler, un choix qui me semble parfaitement cohérent.
Côté chanteurs, Robert Dean Smith est un Tristan qui parvient à émouvoir, sa voix est très belle, je n'en dirai pas autant de celle de Michelle Breedt dans le rôle de Brangäne, elle manque parfois de passion, mais évidemment, le point faible, c'est l'Isolde d'Irène Theorin. Elle est parfois à la hauteur du rôle, mais trop souvent elle ne l'est pas, et malheureusement dans la "Mort d'Isolde", qui vous laisse sur votre faim.
L'orchestre est excellent, la direction de Peter Schneider tout à fait admirable.
Bref, voilà une interprétation intéressante, avec ses défauts. Et si je lui donne **** c'est avant tout pour le plaisir que j'y ai pris et pour le vent rafraîchissant qu'il me semble avoir vu souffler sur cette oeuvre.
Inutile de dire qu'en version Blu-ray l'image est de toute beauté.
Cela dit, ma version de référence reste, à ce jour, celle de Patrice Chéreau et Barenboim, avec Waltraud Meier en Isolde et Ian Storey en Tristan.