Si ce livre a comme base principale les débuts de C.Levi-Strauss en tant qu'ethnologue et ses premières expéditions au milieu des terres brésiliennes à la recherche de différents peuples indiens, afin d'étudier leur modes de vie, l'auteur revient également, et parfois relativement longuement, sur d'autres expériences vécues en Indes, qu'il confronte à divers moments du livre aux civilisations primitives du Brésil et à la civilisation occidentale.
Il y a en effet, tout au long du livre, une longue réflexion sur la société et l'humanité, sur son évolution, voire sa décadence (difficile de ne pas noter une grosse note de pessimisme dans ce livre). Il ne s'agit pas d'une critique moraliste sur l'occident qui détruirait tout, mais d'une réflexion philosophique beaucoup plus globale sur la manière de laquelle l'humanité évolue inéluctablement. Et C.Levi-Strauss s'appuie sur ses études ethnologiques (sa véritable vocation; il a fait à la base des études de philosophie) pour répondre à ses questionnements philosophiques sur l'origine et surtout le devenir de l'homme. Le livre ne conclue d'ailleurs pas du tout sur les indiens du Brésil, mais sur le bouddhisme, l'hindouisme, l'islam et le christianisme qui ont façonné et façonnent les sociétés actuelles.
N'attendez donc pas un livre d'aventures; C.Levi-Strauss raconte bien quelques anecdotes lors de ses périples, mais cela reste rare dans le livre. Ca ne semble d'ailleurs pas son fort. On comprend juste que ses périples à travers la brousse ou la forêt ont été très durs, mais il ne s'appesantit pas là-dessus, ni d'ailleurs sur ses compagnons de voyage... bref, l'objet du livre n'est pas de faire du sensationalisme sur les aventures extraordinaires d'un occidental à la découverte de civilisations perdues.
Le style d'écriture est assez littéraire, le vocabulaire très riche. Il apporte beaucoup de détails qu'ils soient sociologiques, historiques, géographiques, etc ... bref, ce livre fait preuve d'une grande "densité" culturelle, pas toujours facile à suivre d'ailleurs, pour un lecteur ordinaire.
C'est donc ce mélange de réflexion philosophique, avec à l'appui des observations très riches en détails qui m'a beaucoup plu. On comprend que la vocation d'ethnologue est, au final, la partie "empirique" d'une étude au final philosophique.
Le petit bémol, mais c'est très personnel, est que j'aurais aimé avoir dans ce livre peut-être plus de "légèreté", c'est à dire des descriptions moins sophistiquées parfois, voire plus générales, qui auriaent permis de se représenter plus facilement et mieux les lieux, telles que les villes ou villages traversés.
Une dernière chose: pour les personnes qui s'intéressent au Brésil culturel et se demandent si la lecture de ce livre vaut le coup. Je réponds oui, ne serait-ce que les premiers chapitres, pour apprécier l'évolution démographique vertigineuse. Le livre relate une expédition de 1938. Il est écrit en 1955. C'est amusant de voir une "ville" au bout d'une ligne de chemine de fer(et dont j'ai oublié le nom) qui n'a qu'un habitant (un français) en 1938, et plus de 100.000 aujourd'hui. Sans compter Brasilia qui en a plus de 2 millions et dont Levi-Strauss ne fait aucune allusion dans la mesure où il n'y a que de la brousse à cet endroit au moment de l'écriture du livre! Egalement intéressants les descriptions des différentes populations immigrées (italienne, libanaise, ...) qui composent la population. Et bien sût tous les détails historiques.