Que c'est bien fait !
Il faut être aveugle pour ne voir dans ce film qu'un peplum de plus.
Bien sûr les combats d'Achille contre Boagrius et Hector sont mémorables, les scènes de bataille colossales, les figurants et les bateaux aussi nombreux que les murailles de Troie sont hautes...
Mais plus que cela, les personnages sont globalement très réussit, certains particulièrement bien campés. Pour tous ceux qui ont traduit des passages de l'Iliade, Andromaque est exactement comme on l'imagine, (même si la scène d'Hector enlevant son casque devant son fils bébé Astianax ne figure pas dans le film). Hector, Paris, Ménélas et Ajax, sont également très réussis.
Le personnage d'Achille, lui, est simplement époustouflant. Même si l'on est pas forcément aussi admiratif de Brad Pitt que l'est la gente féminine, force est de constater que dans ce film, il porte littéralement le personnage d'Achille.
Physiquement bien sûr : il est grand, il est beau, il sent bon le sable chaud... Il restitue merveilleusement le sens du combat et surtout la vitesse de bras d'Achille. Mais ce qui est particulièrement bien réussit est le personnage intérieur d'Achille qui participe à la fois de la mentalité collective grecque de l'époque, mais en prend également ses distances individuellement.
Cette mentalité collective et le thème central du film, c'est ce qui porte les Grecs et les fait voler de victoires en conquêtes : la recherche de l'immortalité. Mais Achille, c'est aussi le recul : il ne suit ni ne sert Agamemnon et son avidité. Au contraire de Priam, abruti -au sens premier du terme- par la religion et ses conceptions, Achille, lui, décapite la tête d'Apollon... Cette capacité de recul chez Achille, cette prise de distance et même, cette réflexion par rapport à ce qui gouverne, à l'époque, les mentalités est annonciateur de la philosophie grecque.
Ajoutez à cela un sens de la reconstitution particulièrement soigné : les costumes des troyens et le bleu de Troie sont magnifiques, l'armure d'Achille, le bateau noir des mirmidons, la ville de Troie elle-même, les bûchers où l'on fait brûler les cadavres des héros grecs après leur avoir apposé une drachme sur chaque aeoeil pour payer Charon le passeur du Styx afin qu'il les conduise dans la bonne partie de l'enfer grec: les Champs Elysées.
Alors tant pis pour les critiques qui n'ont pas la culture de la Grèce antique, et n'ont su relever que quelques inexactitudes historiques (Agamemnon et Ménélas ne meurent pas à Troie) que le film assume pourtant parfaitement -et avec raison. Ils n'ont pas su discerner le sens du film et que celui-ci est déjà, à l'instar de son thème... immortel.